Bus en Ile-de-France : le grand chambardement

Le Parisien Le Parisien - il y a 1 mois

Le plan des lignes de bus sera modifié à Paris en avril 2019. Et en 2025, c’est tout le réseau qui sera ouvert à la concurrence.LP/Olivier Boitet

Le réseau de bus parisien va être profondément modifié en avril prochain. Et d’ici à 2025, ce sera tout le réseau francilien qui sera bouleversé par l’ouverture à la concurrence.

Mise en concurrence, nouvelles lignes, nouveaux acteurs : dès l’an prochain, vos lignes de bus ne ressembleront plus tout à fait à ce qu’elles sont aujourd’hui. Ile-de-France Mobilités (IDFM) a lancé mardi au dernier conseil d’administration les bases de ces grands bouleversements. Le ministère des Transports, lui, a ouvert le chantier de la mise en concurrence du réseau RATP.

2019 : le réseau de bus à Paris change complètement
Elle a été repoussée de plusieurs mois. La grande restructuration du réseau de bus parisiens et de proche couronne, aussi appelé le Grand Paris des bus, entrera en service en avril 2019.

En vue de ce bouleversement, IDFM a voté un crédit de 7,7 M€ pour permettre à la RATP d’embaucher 600 à 700 machinistes ainsi que les agents de maîtrise nécessaires à faire rouler 100 nouveaux bus. Un nombre qui pourra encore évoluer en fonction des chiffres affinés que la RATP doit présenter en décembre prochain.

2,7 M€ vont également être versés à la régie parisienne pour adapter l’information voyageurs aux 250 nouveaux arrêts (nouvelles cartes papiers, affiches, signalétique, informations numériques sur les abribus, les sorties de métro, etc). Enfin, 1,3 M€ sont également débloqués en vue de l’accompagnement et la campagne de communication. La RATP a jusqu’à décembre pour donner les détails précis et chiffrés que va impliquer la future exploitation.

Pour mémoire, le Grand Paris des bus, c’est la refonte des lignes de Paris et proche couronne qui n’ont pas été modifiées depuis... 1947 ! L’objectif est de les rapprocher des nouveaux bassins d’emplois ou de vie, de les décentraliser un peu vers les portes de Paris où les arrondissements comptent davantage d’habitants qu’au siècle dernier.

Initialement prévue pour le deuxième semestre 2018, la mise en service a été reportée en raison de retards dans la création d’infrastructures. Autre problème, la baisse de la vitesse commerciale de certaines lignes (moins de 10 km/h en moyenne), pour lesquelles IDFM a enjoint la RATP à trouver des solutions. Un plan interactif existe en ligne pour mieux visualiser ce grand chambardement.

2021 : d’autres opérateurs pour la grande couronne
La révolution des bus touche aussi la grande banlieue (10 000 conducteurs, 5 000 bus). Ce mardi, IDFM a voté aussi des renforts d’offres pour 51 lignes, notamment sur le réseau de Versailles et ses 17 millions de voyages annuels, qui subit sa principale refonte depuis 30 ans.

Mais le principal bouleversement est encore à venir. Dès 2021, toutes les lignes de bus de grande couronne seront ouvertes à la concurrence. En d’autres termes, au 1er janvier 2021, d’autres opérateurs pourront exploiter les réseaux actuels. Et c’est IDFM qui doit décider des 40 « lots », au lieu de 120 aujourd’hui qui seront attribués, c’est-à-dire quelles lignes seront regroupées pour être vendues à un nouvel exploitant. L’autorité organisatrice des transports travaille avec les collectivités locales sur des réseaux organisés autour de « bassin de vie ». Ils devraient être actés en 2019.

« C’est une opportunité historique de faire correspondre les réseaux de transports qui n’avaient pas bougé depuis des années avec les nouvelles intercommunalités, estime Youenn Dupuis, directeur de Keolis Ile-de-France. Par exemple, les bus du plateau de Saclay sont exploités par Keolis à l’est, Transdev à l’ouest et la RATP au centre. A l’avenir, organiser les réseaux par pôles devrait faciliter la cohérence ». Selon lui, la concurrence améliorera la qualité de service pour les voyageurs, car les compagnies de bus, ainsi « challengées », voudront proposer de meilleurs services. Même son de cloche chez Transdev (55 % des réseaux de grande couronne). Même si l’entreprise s’est jointe à un recours contre cette mise en concurrence qu’elle juge « prématurée » et « inéquitable », dans la mesure où la RATP, elle, ne sera concurrencée sur le sol parisien qu’à partir de 2025.

2025 : la RATP concurrencée à Paris
C’est en effet le dernier chantier ouvert pour les bus. Et il est potentiellement explosif. Le 31 décembre 2024, le réseau de bus de la RATP à Paris et en petite couronne (15 000 conducteurs, 5 000 bus) sera ouvert à la concurrence. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, a relancé ce dossier la semaine dernière en envoyant un courrier aux organisations syndicales et patronales, afin de commencer une concertation sur « le cadre social » du transfert des salariés.

En cas de perte d’une partie des bus parisiens au profit d’une autre entreprise, les salariés de la RATP devraient obligatoirement être transférés au nouvel exploitant. Mais avec un « sac à dos social », soit des garanties (salaires, sécurité de l’emploi ou protection sociale), dont le niveau reste à définir. « Le statut de la RATP serait une bonne base », estime-t-on à la CGT, qui se dit ouverte à la concertation. « Même s’il y a des garanties, au moment du transfert, rien n’assure que 4 ou 5 ans après il n’y aura pas du dumping social. Au bout du bout, la mise en concurrence c’est la régression », dénonce déja Bertrand Hammache, de la CGT RATP.

Jean-Gabriel Bontinck et Jila Varoquier



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