Carburants : le défi de la transition énergétique

La Croix La Croix - il y a 12 jours

Le projet de loi de finances actuellement en débat au Parlement prévoit la poursuite de l’augmentation des taxes sur les carburants, mais l’exécutif insiste sur les mesures mises en place pour compenser cette hausse. / powell83 - stock.adobe.com

Le gouvernement dit « assumer » la fiscalité écologique sur les carburants et met en avant le bouquet de mesures mises en place pour compenser la hausse des prix.

« Lorsqu’on dit qu’il faut décarboner l’économie, tout le monde est d’accord. Mais quand on applique ces beaux principes sur l’utilisation de l’essence ou du gazole, c’est plus difficile à assumer. Nous, nous prenons nos responsabilités. » La déclaration, datée du 23 octobre, est signée d’Édouard Philippe. Le premier ministre s’adressait en particulier à la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Valérie Rabault, qui l’accusait, avec la hausse des taxes sur les carburants, de « faire les poches des Français ».

C’est pourtant un gouvernement socialiste qui, le premier, a lancé en 2014 la convergence de la fiscalité du diesel vers celle de l’essence… « Le cours du pétrole était alors plus bas, précise le député socialiste des Landes, Boris Vallaud. Aujourd’hui, vous avez des travailleurs vraiment pénalisés par la hausse des prix du carburant et le gouvernement doit en tenir compte. »

Des mesures pour compenser la hausse des taxes

Pas question pour le moment de revenir en arrière : le projet de loi de finances actuellement en débat au Parlement prévoit ainsi la poursuite de l’augmentation des taxes, mais l’exécutif insiste surtout sur les mesures mises en place pour compenser cette hausse, notamment en direction des ménages les plus modestes. Tous les Français souhaitant acheter un véhicule électrique ou troquer un vieux véhicule thermique contre un modèle plus récent, moins polluant, peuvent déjà percevoir une aide de 1 000 €, portée à 2 000 € pour les ménages non imposables.

Réunis lundi 29 octobre à Bercy, les constructeurs automobiles se sont dits prêts à prendre à leur charge un coup de pouce additionnel. « Une prime supplémentaire pourrait être versée par les constructeurs eux-mêmes, notamment pour les achats de véhicules électriques et hybrides rechargeables », a précisé le ministre de l’économie Bruno Le Maire. Rendez-vous a été pris fin novembre.

Par ailleurs le chèque énergie aide les Français les plus modestes à payer leur facture d’énergie, quel que soit le moyen de chauffage. En 2018, cette mesure aura bénéficié à 4 millions de ménages, pour un montant moyen de 150 €. Le chèque énergie sera revalorisé à 200 € en moyenne en 2019. En revanche, les montants alloués au crédit d’impôt destiné à financer des travaux d’isolation devraient être rabotés en 2019. Il faudra attendre 2020 pour qu’il soit transformé en prime, une formule plus adaptée aux ménages modestes.

Faire basculer vers des modes de transport moins polluants

Des députés de la majorité pourraient profiter du débat parlementaire sur le projet de loi de finances pour muscler ces dispositifs. « Il faut que d’autres acteurs, comme les grandes entreprises, participent à l’effort en aidant leurs salariés à prendre des moyens de transport alternatifs », plaide de son côté Pierre Cannet, responsable de l’équipe climat, énergie, villes au WWF France.

Un « forfait mobilité durable » pourrait ainsi figurer dans la prochaine loi sur les mobilités, qui devrait être examinée en conseil des ministres en novembre : les employeurs pourront contribuer aux frais de déplacements domicile-travail à vélo ou en covoiturage de leurs salariés, pour un montant pouvant aller jusqu’à 400 € en franchise d’impôt et de cotisations sociales.

« Il faut remettre les choses à l’endroit, rappelle Pierre Cannet. Les Français ne sont pas victimes de la transition énergétique, mais bien de leur dépendance au pétrole. » L’objectif est de les faire basculer vers des modes de transport moins polluants, moins émetteurs de CO2, et qui ne seraient plus assujettis aux aléas du prix du baril. « Cette transition est inéluctable, poursuit-il, ce qui rend d’autant plus nécessaire l’accompagnement des ménages les plus vulnérables. » La bascule devrait être plus facile pour les 58 % de Français qui se servent encore de leur voiture pour un trajet entre leur domicile et leur travail de moins d’un kilomètre.

Emmanuelle Réju

Source : https://www.la-croix.com/Economie/France/Carburants-defi-transition-energetique-2018-10-31-1200979951

Partager

Laisser un commentaire :