La mobilité durable ne doit pas se résumer au véhicule électrique

Les Echos Les Echos - il y a 12 jours

Issue des déchets, la version renouvelable et écologique du gaz naturel pour véhicules (GNV) ne diffère en rien de sa version fossile en termes de composition, ce qui ménage une transition aisée vers le bioGNV sans nécessiter de nouvelles infrastructures ou de nouveaux moteurs. - SIPA

L'électrification des véhicules est souvent présentée comme la seule alternative aux carburants classiques. Or le gaz naturel, quand il est issu de la valorisation des déchets, présente également des avantages.

La  120e édition du Mondial de l'Auto[1] , qui s'est déroulée mi-octobre à Paris, s'est fait la vitrine de la transition énergétique par la voiture électrique. Si l'électricité est l'une des alternatives aux carburants traditionnels, elle ne peut être la seule, aussi bien du point de vue environnemental qu'économique.

Bonne nouvelle : les scandales répétés liés au Diesel d'une part, et les avancées technologiques de l'autre permettent d'envisager de sortir du tout pétrole. Face aux émissions de gaz à effet de serre qui contribuent aux dérèglements climatiques et aux polluants atmosphériques émis par nos pots d'échappement, accélérer le développement des moteurs fonctionnant à des carburants alternatifs est devenu une évidence.

Si le véhicule électrique présente des avantages indéniables car son moteur fonctionne sans pot d'échappement, il importe d'adopter une vision plus globale, notamment vis-à-vis du mode de production de l'électricité servant à l'alimenter. La voiture électrique présente un bilan environnemental complet fort différent selon qu'elle roule dans un pays où l'électricité est massivement produite à partir de sources renouvelables (hydraulique, photovoltaïque, éolienne...) ou carbonées (charbon, fioul lourd, lignite...), sans mentionner la problématique des déchets nucléaires.

Contrairement à l'électricité qui, elle, nécessite un moteur et des batteries spécifiques, dont l'impact environnemental est lourd, le bioGNV, c'est une mobilité moins polluante, un modèle agricole plus vertueux et une économie plus circulaire. Le gaz naturel véhicule d'origine renouvelable présente un bilan carbone inférieur de 80 % à celui de l'essence et émet 93 % de particules fines en moins.

Economie circulaire

En plus d'être peu émetteur en CO2 et polluants atmosphériques, le bioGNV participe au développement de l'économie circulaire dans les territoires : il est produit localement, à partir de déchets (agricoles, ménagers...), qui peuvent également générer des engrais naturels. C'est donc une formidable alternative pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles, et déjà opérationnelle puisque le  bioGNV peut remplacer l'essence ou le gazole[3] dans nos bons vieux moteurs thermiques.

Le secteur du transport de marchandises, impacté par les mêmes enjeux que les collectivités (amélioration de la qualité de l'air, accessibilité des centres-villes, réduction des bruits), a déjà largement enclenché la transition en adoptant le gaz naturel comme carburant. En termes de vente, la France représente aujourd'hui le premier marché européen pour les poids lourds au GNV et bioGNV, et ce sont 26 millions de véhicules qui circulent actuellement dans le monde. L'avantage du GNV ? Sa version renouvelable et écologique ne diffère en rien de sa version fossile en termes de composition, ce qui ménage une transition aisée vers le bioGNV sans nécessiter de développer de nouvelles infrastructures ou moteurs.

Renforcer les incitations

Il faut désormais assurer le développement et la compétitivité du bioGNV face aux autres carburants, en renforçant les incitations fiscales. Dès lors, pour atteindre l'objectif du gouvernement de multiplication par 15 du nombre de poids lourds à faible émission entre 2017 et 2025, des signaux forts devront être envoyés. Il serait nécessaire, d'une part, de prolonger le dispositif de suramortissement jusqu'à fin 2022 pour donner de la visibilité et les moyens de son développement à la filière, et d'autre part de l'élargir pour les véhicules allant jusqu'à 19 tonnes inclus (au lieu des 12 t). Cette solution permettrait un verdissement  des flottes soumises à la circulation urbaine (bus et cars)[4] ayant pour conséquence immédiate l'amélioration de la qualité de l'air en centre-ville.

Le succès de la transition énergétique et écologique du secteur de transports repose sur la diversification des solutions, permettant d'offrir à chaque besoin rencontré la réponse la plus adaptée. Le développement du bioGNV offre de nombreux bénéfices, sa technologie est mature et bien connue des pouvoirs publics. Elle peut dès demain remplacer toutes les motorisations Diesel. Promouvoir la solution bioGNV, c'est également éviter de tomber dans le piège de la mono-solution électrique, comme cela a été fait par le passé avec le gazole. 

Michel Dubromel

Président de France Nature Environnement

Source : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0600061945125-la-mobilite-durable-ne-doit-pas-se-resumer-au-vehicule-electrique-2218172.php

Partager

Laisser un commentaire :