A la croisée des chemins

Mobilités Magazine Mobilités Magazine - il y a 22 jours

Le 26e congrès de la FNTV, qui s’est tenu le 14 novembre dernier à la Maison de la Chimie à Paris, réunissait 450 participants. Il a, comme d’habitude pour un tel exercice, apporté aux professionnels du transport routier de voyageurs son lot de satisfactions, d’interrogations, voire de déconvenues…

Au premier chapitre, la présence de deux ministres - François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire en ouverture, et Elisabeth Borne, ministre des Transports en clôture - est en soi un signe de reconnaissance de l’importance de ce secteur d’activité par le gouvernement.

Elisabeth Borne, qui devrait présenter son projet de loi (LOM) d’ici à la fin novembre, n’est d’ailleurs pas venue les mains vides. Au-delà des formules convenues, la ministre a annoncé que des dispositions réglementaires seraient proposées « pour renforcer les normes auxquelles doivent répondre les gares routières », et donc faciliter l’accès de ces dernières aux opérateurs.

En matière de transition énergétique, elle a d’abord rappelé la prorogation en 2019 du dispositif de suramortissement pour l’achat d’un véhicule fonctionnant au GNV. Mais aussi indiqué que « de nouvelles dispositions sont intégrées au projet de loi de finances pour 2019. Elles portent sur une extension du dispositif de suramortissement aux motorisations électrique et hydrogène, un renforcement de la mesure avec un taux porté à 60% pour les véhicules entre 3,5 tonnes et 16 tonnes et enfin un prolongement du dispositif jusqu’en fin 2021 ».

Concernant l’état du réseau routier, Elisabeth Borne a non seulement rappelé les mesures déjà entérinées en 2017 (augmentation de 100M€/an des crédits pour les nationales non concédées, une hiérarchisation des priorités et le lancement d’un audit), mais aussi annoncé que, dans le cadre de la programmation des investissements, ces moyens devraient atteindre 923 M€ en 2023.

Un ensemble de mesures qui va dans le bon sens, mais que Dominique Bussereau, président de l’ADF (Association des Départements de France) jugera sans doute insuffisante, lui qui a fustigé « l’abandon de l’écotaxe »,  un « véritable scandale d’Etat, selon lui, qui nous prive de 3,5 M€ cette année pour le financement des infrastructures… ».

​Enfin, concernant les problèmes de recrutement rencontrés par la profession, et largement évoqués par Jean-Sébastien Barrault, président de la FNTV, à plusieurs reprises, elle a tenu à rassurer. « Avec le ministère du Travail, avec Pôle Emploi, mon ministère vous accompagne dans l'élaboration d'un plan d'actions complet qui porte sur l’accès à la profession, au financement de la formation ou à la communication autour de vos métiers », a-t-elle précisé .

​Les sujets d’interrogation
​Au chapitre des annonces ou discussions peut-être un peu moins réjouissantes, la nouvelle gouvernance des transports est arrivée en bonne position. En effet, dans la LOM, le gouvernement souhaite, comme l’expliquait Damien Pichereau, député de la Sarthe, « aller au plus prêt du terrain pour les 80% des territoires sans autorité organisatrices de mobilité soient désormais couvertes ». La loi devrait donc faire le choix de l’intercommunalité, elle-même placée sous la houlette de la région, AOM de plein droit depuis la loi NOTRe.

​Une situation qui modifie complétement le portrait des interlocuteurs habituels de la profession, et pose questions. Dominique Bussereau, encore lui, interroge « sur la réelle capacité financière de certaines intercommunalités et sur les ressources disponibles en termes de personnel ». Il regrette que « les départements, qui maîtrisent depuis longtemps la compétence transport, n’aient pas été associés ». Ce à quoi, Hervé Morin, président de l’Association des Régions de France (dans le cadre d’un échange ultérieur avec Jean-Sébastien Barrault), répondra que « rien n’empêche le dialogue avec les départements… ». Cette redistribution des cartes de la compétence transport n’est donc pas encore fini.

Autre sujet d’inquiétude, celui de l’avenir des Cars Macrons. La vente récente de Ouibus à BlaBlaCar par la SNCF, dans tous les esprits, appelait certainement un débat sur le sujet. Yvan Lefranc-Morin, DG de Flixbus France, sur de son modèle économique, estime pouvoir atteindre la rentabilité en augmentant le taux de remplissage des véhicules. Tout en constatant que ce rachat « marque un retour à une certaine rationnalité, qui devrait rompre avec une situation dans laquelle nous avions des difficultés à accéder aux infrastructures, et à lutter contre un acteur financé par la puissance publique… ».

Roland de Barbentane, DG de Ouibus, s’est montré plus pessimiste. « La situation économique actuelle n’est pas tenable, explique-t-il, car la profession supporte seule le développement de cette activité. L’avenir passera par une mobilité intégrée, qui collera aux besoins des voyageurs ».

Pour Nicolas Buisson, P-DG de BlaBlaCar, « l’intégration de l’offre Ouibus dans BlaBlaCar se fera dans le courant de l’année 2019 ». Il mise sur la partenariat avec OuiSNCF, et table sur une rentabilité « dans deux ou trois ans ».

​​Déconvenues, en Ile-de-France… ?
Dans le cadre d’un débat animé par Jean-Baptiste Maisonneuve, vice-président de la FNTV, Laurent Probst, DG d’Ile-de-France Mobilités (IdFM), a fait une annonce qui ne manquera pas d’inquiéter les opérateurs indépendants. En effet, dans la perspective de l’ouverture à la concurrence des lignes du réseau Optile, prévue pour 2021, Laurent Probst a annoncé que IdFM « portera l’acquisition et le financement des matériels roulant exploités en Grande Couronne ».

​Un appel d’offres portant sur les autocars du réseau sera lancé avec la CATP (Centrale d’Achat du Transport Public), « ce qui permettra de soutenir la transition énergétique et de faire des économies d’échelle », explique Laurent Probst.

​Une situation jusqu’alors clairement redoutée par la plupart des opérateurs, qui voient dans ce type de démarche une perte d’indépendance vis-à-vis de l’AO, mais surtout une claire diminution de la valeur de leurs entreprises. « Dans un tel contexte, nous n’aurons bientôt plus que le social à gérer », commentaient certains.

Jean-Baptiste Maisonneuve, se faisant le porte-parole de ses collègues, militait plus volontiers pour un allongement de la durée des contrats (8 ans étant souvent jugé comme la plus adaptée), un délais permettant d’amortir les investissements nécessaires à la transition énergétique. L’argument n’a pas porté en Ile-de-France, reste à savoir si d’autres régions, tentées elles-aussi par cette démarche, franchiront le pas…

Pierre Cossard

Source : https://www.mobilitesmagazine.com/congres-de-la-fntv-2018?utm_campaign=812149d0-b9a8-4b94-ad07-89ff8cfbc4bf&utm_source=so

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