La loi mobilité veut vous faire abandonner votre voiture

Huffingtonpost Huffingtonpost - il y a 14 jours

Quatre mois après la promulgation de la réforme de la SNCF, Elisabeth Borne et Emmanuel Macron présentent une loi mobilité sur les transports en général. POOL New / Reuters

En plein mouvement des gilets jaunes, le gouvernement présente un texte qui promet d'autres moyens de transports que la voiture individuelle.

POLITIQUE - De l'aveu du député LREM (et proche de Nicolas Hulot) Matthieu Orphelin, la semaine qui s'ouvre est la "plus importante du quinquennat pour la transition énergétique". En attendant qu'Emmanuel Macron[1] ne lève le voile mardi sur la PPE (programmation pluriannuelle de l'énergie) et n'installe le Haut conseil pour le climat[2], le conseil des ministre valide ce lundi 26 novembre la loi d'orientation des mobilités qui doit être votée courant 2019.

Ce texte défendu par la ministre des Transports Elisabeth Borne a été conçu bien avant le mouvement des gilets jaunes[3] mais celui-ci a eu des répercussions. Le gouvernement réfléchit ainsi à retirer la disposition qui recrée une vignette pour les poids-lourds et il a déjà supprimé celle qui facilitait et encadrait la création de péages urbains[4] à l'entrée des métropoles.

Initialement pourtant, cette mesure cadrait parfaitement avec la philosophie de la loi qui veut vous faire préférer les autres moyens de transport que la voiture. "Le manque de solutions de mobilité est aujourd'hui vécu comme une source d'inégalités, d'injustice et de fractures entre les citoyens et entre les territoires", rappelait la ministre en présentant son texte mi-novembre. Elle ajoutait alors qu'il fallait "se déplacer différemment" pour polluer moins d'où sa volonté de "sortir progressivement des énergies fossiles en accompagnant nos concitoyens qui sont encore dépendants de la voiture individuelle".

La promotion du vélo

Le gouvernement veut favoriser les déplacements domicile-travail en vélo en créant un "forfait mobilités durables" qui permettra aux utilisateurs de toucher jusqu'à 400 euros par an s'ils utilisent une bicyclette; l'Etat le mettra en place pour tous ses salariés et fonctionnaires à hauteur de 200 euros dès l'an prochain. Mise à jour de l'indemnité kilométrique vélo qui n'a pas rencontré le succès escompté, ce forfait (qui ne pourra pas être cumulé avec le remboursement des abonnements de transports en commun) restera facultatif pour les employeurs; ces derniers auront aussi des avantages fiscaux s'ils mettent en place une flotte de vélos pour leurs salariés.

En parallèle, la loi crée des mesures qui doivent permettre de lutter contre le vol. Outre des incitations pour les collectivités locales et la SNCF à installer des zones de garage sécurisées, le texte va créer une obligation d'immatriculation des vélos. "Quand vous en achèterez un neuf vous entrerez dans le fichier et quand vous en achèterez un d'occasion, vous aurez une petite formalité administrative à accomplir. Ce sera hyper simple. Cela vous assurera que vous n'achetez pas un vélo volé[5]", précisait en septembre Matthieu Orphelin qui a été l'une des sources d'inspiration du plan vélo.

Rénover les transports

Conformément aux engagements d'Emmanuel Macron, les grands projets ne sont pas le coeur du texte qui consacre 13,4 milliards d'euros d'investissement dans les transports sur 2018-2022. Bien au contraire. Il y aura bien l'amorce de lignes nouvelles de train entre Bordeaux et Toulouse, entre Montpellier et Perpignan, Paris et la Normandie et le tronçon Marseille-Toulon-Nice. Certains projets routiers sont maintenus comme la très dangereuse Route Centre Europe Atlantique (RCEA). Mais la loi privilégie largement la rénovation des réseaux existants ou la désaturation des grands noeuds ferroviaires.

Favoriser la mobilité partagée

La loi incite les collectivités locales à prendre en charge le dossier mobilité. Elles seront incitées à mettre en place des services de covoiturage ou de transport à la demande tandis que les utilisateurs pourront bénéficier d'un forfait mobilité allant jusqu'à 400 euros. Le gouvernement veut aussi donner un cadre (notamment juridique) aux véhicules autonomes; le ministère des Transports rêvent qu'à terme ces véhicules sans chauffeur serve de navette dans les zones rurales entre le centre d'un village et une gare. En zone urbaine, la loi va aussi encadrer des usages naissant comme la trottinette électrique en libre-service. L'interdiction de la circulation sur les trottoirs et le respect des piétons devrait y figurer.

La voiture exclue des centre-villes ?

En cas de second mandat, Anne Hidalgo pourrait envisager d'interdire la voiture dans les quatre arrondissements du centre de Paris. Dans tous les cas, les véhicules les plus polluants seront bientôt exclus de toute la capitale qui deviendra "une zone à faible émission" (ZFE). Une quinzaine de grandes métropoles se sont engagées dans la même voie et le gouvernement veut encourager via cette loi d'autres municipalités à en faire autant.

Alexandre Boudet

Le contre exemple du permis de conduire

La loi présente toutefois une mesure en contre-exemple de cette incitation à délaisser la voiture. Comme Emmanuel Macron s'y est engagé il y a quelques jours lors d'un discours prononcé pendant son itinérance, l'exécutif veut réduire les délais et baisser de manière "drastique" le coût du permis de conduire. Mais pour les détails, il faudra attendre le débat parlementaires, la ministre ayant confirmé qu'elle attendrait la fin d'une mission parlementaire censée rendre ses travaux mi-décembre pour les inclure.

Source : https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/26/la-loi-mobilite-veut-vous-faire-abandonner-votre-voiture_a_23600833/

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