Bornes électriques : les constructeurs rappellent à l'Etat ses promesses

Les Echos Les Echos - il y a 9 mois

Christian Peugeot, l'ancien directeur des affaires publiques de PSA Peugeot Citroen désormais président du Comité des constructeurs français d'automobile, souhaite que les pouvoirs publics soutiennent la conversion électrique de l'industrie. - Franck CRUSIAUX/REA

INTERVIEW Christian Peugeot, qui a pris pour un an la présidence de l'Association mondiale des constructeurs, demande l'aide des pouvoirs publics pour faciliter le décollage des voitures à batterie.

Vous prenez la présidence de l'OICA à un moment critique pour l'industrie auto. Arrive-t-on à la fin d'un cycle ?

Disons que ce sera bien si les volumes restent au niveau actuel dans les années qui viennent : il y a plus de risques que le marché baisse, que de chances qu'il continue à croître. Mais l'Europe et les Etats-Unis sont de grands marchés de renouvellement : avec les évolutions technologiques en cours, on peut espérer qu'il n'y ait pas de diminution sensible des ventes de voitures neuves. Le besoin de mobilité ne va pas disparaître. Et comme la construction de grandes infrastructures de transport est très lente et très complexe, la voiture va rester indispensable. Dans ce cadre, le « car bashing » devient pénible : il ne résout pas le sujet de la mobilité ! Soyons pragmatiques.

Les politiques antipollution et anti-CO2 se durcissent, notamment en Europe. Comment l'industrie peut-elle s'adapter ?

D'abord, les moteurs à combustion ne sont pas toujours utilisés avec de l'énergie fossile : on utilise de la canne à sucre au Brésil, des matériaux synthétiques en Allemagne... Cela dit, toutes les zones n'ont pas les mêmes contraintes en matière d'émissions polluantes. L'Europe a les objectifs les plus exigeants au monde. Respecter les critères en matière de CO2 fixés pour 2020 va être un vrai challenge pour tous les constructeurs ! Mais il y a eu des progrès considérables en vingt ans, et les industriels n'ont aucune intention de payer les amendes prévues.

Leur réussite dépendra en partie de la proportion des ventes de véhicules diesel, qui émettent 20 % de CO2 en moins que l'essence. A cet égard, nous avons toujours défendu la neutralité technologique. Les nouveaux diesels sont dotés de dispositifs antipollution coûteux, qui leur permettent d'être mesurés en réalité au même niveau que l'essence pour les particules et les Nox. Mais ce n'est pas notre premier combat en ce moment.

Que réclamez-vous concrètement ?

Ce que nous souhaitons, c'est que soient créées les conditions de développement des nouvelles motorisations. Les constructeurs ont investi des sommes considérables, il ne faut pas que cela soit en pure perte. Tous vont proposer à partir de cette année des nouvelles gammes plus larges de véhicules hybrides et rechargeables. Il faut donner envie aux consommateurs de les acheter. Cela passe d'abord par les infrastructures. Lors de la signature du contrat de filière en mai, le gouvernement avait promis le déploiement de 100.000 bornes de recharge d'ici à 2022. Or on ne voit pas d'évolution notable. Le nombre de bornes publiques stagne à 25.000, et on a perdu un temps le réseau des 6.000 bornes d'Autolib à Paris, dont seulement la moitié ont été remises en fonctionnement. Il faut aussi créer des avantages à l'usage, comme des voies réservées, et rendre obligatoire le droit à la prise, aujourd'hui purement théorique. Reste la question du coût global. Il faut encore des primes à l'achat pour que le bilan économique des particuliers et des entreprises passant à l'électrique soit équilibré.

Anne Feitz

Julien Dupont-Calbo

Source : https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/0600686766430-bornes-electriques-les-constructeurs-rappellent-a-letat-ses-promesses-2244789.php

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