Maxime Pasquier : « Le véhicule électrique émet deux fois moins de gaz à effet de serre »

La Croix La Croix - il y a 9 mois

La voiture électrique est-elle vraiment écologique ? Le point de vue de Maxime Pasquier, ingénieur, chef adjoint du Service transports et mobilité de l’Ademe.

Pour comparer les qualités environnementales respectives des véhicules électriques et thermiques, il faut procéder à ce qu’on appelle une « analyse du cycle de vie », qui comprend trois périodes successives : la fabrication, l’utilisation et la fin de vie, c’est-à-dire le démantèlement et/ou recyclage. Il faut ensuite estimer l’impact environnemental de chacune de ces phases.

Il en ressort que, globalement, le véhicule électrique émet plus de 2 fois moins de gaz à effet de serre (GES) qu’un véhicule thermique. Il présente donc un meilleur impact potentiel sur le réchauffement climatique.

Un tiers des voitures neuves vendues en Europe seront électriques en 2030[1]

Mais dans le détail, les effets potentiellement délétères varient selon la phase de vie du véhicule. Pour ce qui concerne l’électrique, la phase prépondérante est celle de la fabrication : là, ce type de véhicule émet plus de GES qu’un véhicule thermique, qui va rouler 150 000 km durant sa vie. L’extraction des éléments chimiques[2] nécessaires à fabriquer les batteries dites lithium ion a un impact environnemental. Les recherches actuelles au CNRS, au CEA ou à l’Institut français du pétrole visent à réduire la teneur en matières premières.

Toutefois, lors de son utilisation, la voiture électrique n’émet pas de GES, contrairement à la voiture thermique. Et plus le véhicule électrique parcourt de kilomètres, plus il amortit rapidement le coût environnemental de la phase de fabrication. Cet amortissement devrait s’accélérer avec le « potentiel d’amélioration » des batteries électriques – qui, pour l’heure, ont une durée de vie de 10 ans – à l’instar de l’amélioration dont a bénéficié le moteur thermique depuis plusieurs décennies.

Reste la phase de fin de vie. Pour le véhicule électrique, celle-ci est beaucoup moins importante que la fabrication. Toutefois, si, en laboratoire, on a déjà testé les technologies de démantèlement et/ou recyclage, les industriels ne se sont pas encore organisés en filières. Ils le seront quand il y aura un volume suffisamment important de batteries à traiter, ne serait-ce qu’à cause de la réglementation européenne qui exige que plus de 90 % des matériaux d’une voiture soient recyclés.

Alerte sur la dépendance de l’Europe aux matières premières[3]

Enfin, adopter un véhicule électrique devrait fortement changer notre mode de vie et notre mobilité. En effet, notre voiture pourra se connecter au réseau électrique, pour charger ses batteries mais aussi, à l’inverse, pour seconder le besoin électrique domestique au niveau d’une maison, voire d’un quartier au moment des pics de consommation. Ce qu’on appelle « le pilotage de charge intelligente ». Ainsi, en fin de vie, avant même le recyclage, les ingénieurs prévoient d’utiliser les batteries pour stocker de l’électricité, sorte d’énergie de secours pour le réseau électrique.

Recueilli par Denis Sergent

Source : https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Maxime-Pasquier-Le-vehicule-electrique-emet-deux-fois-moins-gaz-effet-serre-2019-02-14-1201002577

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