Val Thorens : un premier bus sans chauffeur au pied des pistes

Le Parisien Le Parisien - il y a 9 mois

Val Thorens (Savoie), le 19 février 2019. Les premiers skieurs sont montés à bord de Berto, la navette autonome de la station. LP/Olivier Arandel

Une navette électrique autonome transportant des passagers a été inaugurée ce mardi dans la station de Val-Thorens (Savoie).

Laissant dans son sillage un nuage de fumée noire et l’odeur âcre du gazole, le bus amorce son virage, passe la seconde puis fait rugir son moteur pour s’engager sur les hauteurs de Val Thorens (Savoie). On le regarde s’éloigner en se disant que le contraste est saisissant avec la petite navette rouge et blanche, électrique, silencieuse et sans chauffeur que la plus haute station d’Europe a inauguré ce mardi matin. C’est le premier véhicule autonome de transport de personne à être testé dans une station de ski. Une première mondiale, qui attire les vacanciers venus se faire photographier devant ce minibus révolutionnaire.

Dotée de deux caméras, huit capteurs laser, deux antennes GPS et capable de rouler au moins 4 ou 5 heures sans recharge sur ces routes de montagne sinueuses et pentues, la navette Berto sait tout faire toute seule. Capable de repérer un obstacle et de prendre une décision en moins d’une seconde (contre deux secondes pour un humain), elle s’arrête instantanément si des skieurs, une voiture ou un chien traversent devant elle. Pour éviter les perpétuels stop-and-go, elle klaxonne les intrus qui se mettent en travers de sa route.

Phase de test
Une fois son parcours précartographié, Berto entame ce jour-là des allers-retours de quelques centaines de mètres. Lucas, 8 ans, est du voyage inaugural. « C’est bien fait parce qu’elle s’arrête toute seule quand quelqu’un passe devant mais mieux vaut s’accrocher parce que le freinage est brusque », confie le jeune skieur. Émilie, 38 ans, n’est pas montée à bord mais reste scotchée devant ce bus « au look futuriste ». « J’habite au Havre où nous sommes entourés d’usines et quand je viens à la montagne, c’est pour respirer l’air pur, confie cette maman de deux enfants. Alors tout ce qui permet d’émettre moins de particules fines dans l’air est bon à prendre. »

La société Bertolami, qui exploite la navette, n’a pas encore reçu le tampon officiel du ministère des Transports pour que ce véhicule ait le droit de rouler officiellement dans la station. Le prototype 4 x 4 est donc en phase de démonstration… et de test. Pour l’heure, un opérateur est présent à bord et peut prendre le contrôle de l’engin au moyen d’un joystick qui ressemble à s’y méprendre à une manette de Xbox.

60 % moins cher à l’usage
À Val Thorens, tout le monde voit dans ce bus autonome le mode de transport de demain. « Notre objectif est de n’utiliser que ce type d’engins plutôt que des gros bus qui sont encombrants et polluants », explique le directeur de l’Office de tourisme Vincent Lalanne. « Pas de bruit, pas de pollution, pas de chauffeur » : le maire des Belleville (NDLR : la commune dont dépend Val Thorens) André Plaisance n’y voit lui aussi que des avantages, mais il reste prudent. « Je veux être sûr que ça marche bien par tous les temps, quand il y aura des grosses tempêtes de vent, des bourrasques de neige et plein de gens dans les rues. » Un vrai challenge.

Mais il en faut plus pour inquiéter Henri Coron, le vice-président des ventes de Navya, qui a conçu la machine. Son entreprise a déjà vendu 150 modèles de navettes autonomes dans 23 pays. Elles circulent notamment au cœur de la centrale nucléaire de Fukushima, dans le port de Hongkong, sur des campus australiens, dans des parcs d’attractions. S’offrir ce petit bijou de technologie a un prix : 500 000 € sur cinq ans puis 40 000 € de maintenance annuelle ensuite. Mais pour Benjamin Beaudet, directeur général de la société exploitante Bertolami, « c’est 60 % moins cher à l’usage qu’un car classique, qui coûte cher en gazole et tombe plus souvent en panne ». Le DG réfléchit déjà à implanter des navettes autonomes dans le Val de Drôme, pour permettre aux habitants installés dans des hameaux isolés de rejoindre le centre de leur village.

Frédéric Mouchon et Olivier Arandel

Source : www.leparisien.fr

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