Méthanisation dans le Grand Est : mettre fin à l’usine à gaz !

Le Républicain Lorrain Le Républicain Lorrain - il y a 5 mois

En dépit de la multiplication des projets agricoles, les gaziers s’inquiètent de la révision à la baisse des objectifs de production de biométhane à l’horizon 2023. Les procédures demeurent, elles, un parcours du combattant.

«Il n’est plus possible de mettre deux, trois, quatre ou cinq ans pour installer un méthaniseur, alors qu’en Allemagne, six à huit mois suffisent », martelait, il y a quelques jours à l’Assemblée nationale, Didier Guillaume. Répondant au député bas-rhinois Antoine Herth, le ministre de l’Agriculture affichait ainsi sa détermination à accélérer l’instruction des dossiers déposés. « Je souhaite mettre en place dans les semaines qui viennent un groupe de travail ou, du moins, une réflexion pour faire démarrer vraiment la méthanisation. » Le même jour, le Syndicat des énergies renouvelables, le gestionnaire de réseau du gaz GRDF et le spécialiste du transport du gaz GRTgaz publiaient une déclaration commune pointant les insuffisances du projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). En cause, cette feuille de route énergétique pour les périodes 2019-2023 affiche « des objectifs de production en biométhane inférieurs aux projets déjà enregistrés… avec, de surcroît, des baisses de coût peu réalistes. » La filière du biogaz redoute un coup de frein donné au développement de l’injection. Et ce, alors que les installations de ce type ont doublé, avec 661 dossiers enregistrés dans le pays. Ce procédé consiste à injecter directement du gaz dans le réseau. À la différence des sites en cogénération, il ne produit ni chaleur ni électricité. Un arrêté publié en janvier prévoit que les coûts de raccordement seront désormais pris en charge à hauteur de 40  % par les gestionnaires du réseau (jusqu’à 400 000 €). Pour être connectées, les exploitations doivent cependant se situer à proximité d’une installation de gaz.

C’est le cas de la SAS Méthanisation Seille Environnement. Regroupant 24 agriculteurs dans le secteur d’Harrocourt-sur-Seille (Moselle), l’unité de biométhane en injection gaz doit débuter sa phase de production à l’automne. L’épilogue d’un marathon administratif. « Les difficultés ? On les a à peu près toutes rencontrées… », rapporte Jean-Marie Simerman, maire de Moyenvic. « Sur les 8,5 M€ d’investissements consentis (dont 15  % de financements publics), les seules études ont déjà nécessité 350 000 €, sans, bien sûr, aucune garantie de résultat. »

Située dans le périmètre protégé des Bâtiments de France en raison de sa proximité avec la collégiale de Marsal, l’implantation aura tenu du parcours du combattant. « Un casse-tête, entre les délais de réponse de l’administration et les réunions avec la population… Kafkaïen ! », confirme Olivier Rousselle, polyculteur-éleveur à Blanche-Église. « Il a fallu, par exemple, convaincre riverains et naturalistes que le digestat sortant du méthaniseur a moins d’odeur que le lisier ou le fumier. »

Après avoir longtemps végété, les ouvertures de dossiers ont explosé en quelques années. Dans le Grand Est, le département des Vosges mène la danse avec plus d’une vingtaine de sites en service.

L’Hexagone semble enfin déterminé à combler le retard avec le voisin allemand. « Avec, cependant, une approche plus environnementale », nuance Nathael Leclech, agronome à la chambre régionale d’agriculture. « Eux font la part belle à l’ensilage de maïs, modifiant substantiellement l’assolement au risque d’impacter les paysages, tandis que le modèle français repose sur la valorisation des effluents provenant essentiellement de l’élevage. »

Xavier BROUET

Source : www.republicain-lorrain.fr

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