Le gouvernement présente sa stratégie pour le transport aérien

La Croix La Croix - il y a 4 mois

Pour la Fédération nationale de l’aviation marchande (Fnam), le cadre économique et social dans lequel naviguent les compagnies françaises entraîne un manque important de compétitivité. / Jonathan Konitz/Le Telegramme/Maxppp

La ministre des transports Élisabeth Borne a clos le 8 mars les assises de l’aérien, une réflexion et une concertation avec tous les acteurs du secteur lancée il y a un an. Face aux pertes de parts de marché des compagnies françaises, le gouvernement annonce une baisse de 220 millions d’euros des charges entre 2018 et 2019.

Les assises de l’aérien ont atterri le 8 mars et leur vol aura été très long. Cette réflexion et cette concertation entre pouvoirs publics, acteurs et experts du secteur, qui a débuté il y a un an, devait prendre fin à l’automne 2018. Réforme ferroviaire, mouvement social et nouvelle gouvernance à Air France-KLM… Ces derniers mois, le monde des transports n’a pas manqué de turbulences qui ont en retardé la clôture.

Les professionnels du secteur attendaient des mesures concrètes. Si le trafic aérien français est en pleine croissance, les compagnies tricolores ne cessent de voir leurs parts de marché en France décliner depuis une vingtaine d’années, passant de 60 % à 42 % selon la Fédération nationale de l’aviation marchande (Fnam). Depuis 5 ans, les compagnies étrangères ont conquis 90 % de la croissance du trafic…

Baisse de charges de 220 millions d’euros

La ministre des transports a présenté une « stratégie nationale collective » qui sera étalée jusqu’en 2025. « Au total, au terme de ces Assises, les compagnies aériennes bénéficieront d’un allégement de charges de près de 220 millions d’euros entre 2018 et 2019 », a-t-elle annoncé, reconnaissant que certains trouveraient que « c’est trop peu »

« Je veux aussi vous mettre en garde, avec une certaine franchise », a-t-elle ajouté. Il s’agit d’un effort que l’État accomplit dans un moment où ce qui s’exprime dans le pays n’est pas spontanément un soutien à la compétitivité de notre transport aérien. »

Compétitivité en chute libre

« Nous sommes légitimement déçus, dans le sens où aucune des mesures annoncées n’est de nature à contrebalancer l’écart de compétitivité que nous avons avec nos voisins immédiats, l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Grande Bretagne », a expliqué à l’AFP le président de la Fnam Alain Battisti. « Globalement, le compte n’y est pas, même si on note la volonté de la ministre d’inscrire sa stratégie dans une trajectoire sur plusieurs années avec un objectif 2025. »

« L’écart de compétitivité avec l’Allemagne peut être estimé entre 500 et 700 millions d’euros en raison de taxes et de charges spécifiques à l’aérien », explique le sénateur de la Seine-Saint-Denis (Union centriste) Vincent Capo-Canellas, auteur de rapports parlementaires sur ce secteur, interrogé par La Croix.

Certaines mesures ont été annoncées par le gouvernement depuis le début des Assises. Comme la réduction de la taxe d’aéroport depuis avril 2018, de 1,30 € à 90 centimes d’euro par passager. De même, le ministère des transports a décidé d’augmenter les dotations pour les « liaisons d’aménagement du territoire », peu desservies par le train ou les autoroutes, telles Aurillac-Paris ou Rodez-Paris… Ces financements passeront de 5 millions d’euros en 2018 à 20 millions d’euros en 2020.

Plafonnement de la « taxe Chirac »

De même, Vincent Capo-Canellas se félicite d’avoir fait voter par le Sénat une exonération partielle de la taxe sur les passagers en correspondance. « Elle devrait entraîner une baisse des taxes de 35 millions d’euros environ pour les compagnies », dit-il.

Mais la Fnam rappelle volontiers que les seules taxes et redevances spécifiques au secteur aérien atteignent près de 4,8 milliards d’euros par an.

Le contexte des gilets jaunes

Élisabeth Borne a par ailleurs plaidé en faveur d’une « transition écologique » au sein de la filière avec le déploiement de carburants alternatifs et un « premier objectif de substitution de 2 % en 2025 ».

« D’autres pays ont avancé dans leur stratégie sur le transport aérien, notamment l’Allemagne ou encore les Pays-Bas – on vient de le voir avec ce qui s’est passé chez Air France-KLM, souligne le sénateur Vincent Capo-Canellas. Il y avait donc besoin de ces Assises pendant lesquelles il y a eu une réelle transparence sur les dossiers. » Mais le sénateur estime qu’en raison du mouvement des gilets jaunes, des mesures qui auraient été arbitrables à l’automne dernier ne l’étaient plus dans le contexte actuel.

Michel Waintrop

Source : https://www.la-croix.com/Economie/Le-gouvernement-presente-strategie-transport-aerien-2019-03-08-1201007370

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