Cécile Maisonneuve : «Faut-il détruire le périphérique parisien ?»

Le Parisien Le Parisien - il y a 8 mois

Cécile Maisonneuve préconise plutôt de développer les nouveaux usages de la mobilité, comme l’autopartage, les véhicules électriques ou encore les lignes de cars. LP/Illustration/Elene Usdin

Dans une tribune au Parisien-Aujourd’hui en France, la présidente du think tank La Fabrique de la Cité affirme que l’idée de détruire le périphérique revient à « s’attaquer aux symptômes plutôt qu’aux causes profondes de la congestion urbaine et ne règle rien ».

Cécile Maisonneuve, présidente de La Fabrique de la Cité, think tank dédié à la prospective et aux innovations urbaines créé par le groupe Vinci, son mécène, en 2010

« Faut-il détruire le périphérique parisien ? Cette rocade, que ses concepteurs voyaient comme un lien organisé entre Paris et sa périphérie, et un accélérateur de transformations, est aujourd’hui accusée de tous les maux. Embouteillée en permanence, source de pollution, elle aurait le défaut d’isoler Paris de la banlieue. Il serait urgent de libérer Paris en dynamitant le périphérique. Ainsi seraient réglés les problèmes de mobilité et de pollution de la capitale, et du foncier serait dégagé pour bâtir des logements. L’idée ne résiste pas à l’analyse.

D’abord, s’attaquer aux symptômes plutôt qu’aux causes profondes de la congestion urbaine ne règle rien. Trop d’embouteillages ? Fermons les routes. Trop de pollution ? Interdisons la voiture. À ne pas considérer les raisons pour lesquelles un million d’automobilistes sont contraints d’emprunter le périphérique quotidiennement, on s’interdit de poser le bon diagnostic. Concentration de l’activité économique, absence d’axes routiers alternatifs, insuffisance des transports collectifs entre Paris et la grande couronne… À cela s’ajoutent des contraintes foncières lourdes et une densité urbaine supérieure à nombre de capitales comparables. Supprimer la principale voie de contournement de Paris n’apportera aucune solution à ces problèmes, voire les aggravera.

Ensuite, si le périphérique n’existe plus, on voit mal émerger une alternative crédible. Paris compte 1,2 million d’actifs pour 1,8 million d’emplois. 600 000 personnes viennent donc tous les jours travailler dans la capitale, auxquelles il faut ajouter les multiples flux logistiques vitaux pour l’approvisionner et la faire fonctionner. Ces flux ne disparaîtront pas. Ils seront détournés vers d’autres axes routiers, aujourd’hui sous-dimensionnés pour accueillir autant de circulation, et qui seront à leur tour saturés et sources de pollution.

Enfin, la promesse d’une opération qui rapporterait de l’argent aux Parisiens reste à démontrer en l’absence de tout chiffrage de son coût et de mécanisme de financement. Il s’agit au bas mot de plusieurs milliards d’euros, dont on voit mal comment une municipalité et un Grand Paris en mal de ressources pourraient les dégager, sauf à envisager des cessions massives de terrain à des opérateurs privés.

Une rocade routière est faite pour protéger le centre-ville d’une circulation excessive. Sans périphérique, le plombier de Montreuil qui doit intervenir à La Défense traverse Paris en s’arrêtant à tous les feux (pollution). Sur le périphérique, il roule plus régulièrement (moins de nuisances) et plus vite (efficacité économique). Loin de murer Paris, le périphérique ouvre la ville tout en protégeant ses rues de la paralysie.

Réduire ses nuisances implique de penser la mobilité à l’aune des nouveaux usages : autopartage, covoiturage, véhicule électrique, lignes de cars sur autoroutes pour la grande banlieue et, à plus long terme, véhicule autonome… Il faut accélérer la diffusion de ces usages par la création d’espaces de stationnement et de recharge, de voies de circulation réservées, d’interconnexions entre routes, gares et stations de métro. Fluidifier la circulation, c’est investir dans l’intermodalité intelligente à l’échelle de l’aire métropolitaine, pas contourner les vrais sujets en prenant des voies sans issue. »

Source : www.leparisien.fr

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