La filière biométhane redoute l’extinction pure et simple 

Le Figaro Le Figaro - il y a 5 mois

Une centrale utilisant du biométhane, à Strasbourg. PATRICK HERTZOG/AFP

Un environnement tarifaire défavorable menace plusieurs centaines de projets de gaz vert.

Les professionnels du biométhane, le gaz vert produit à partir de la fermentation de déchets organiques, n’ont jamais été aussi partagés. D’un côté, le nombre de projets grimpe de manière exponentielle[1] ; de l’autre, rien ne dit qu’ils pourront s’inscrire dans la durée. Certes, pas moins de 660 dossiers de nouvelles installations sont en phase d’examen pour une capacité cumulée de 14 térawattheures (TWh), soit plus de 4 % de la consommation de gaz en France, selon l’Observatoire du biométhane. Mais ce rapport, publié ce lundi, pointe un horizon assombri. En cause, l’accélération de la baisse des tarifs de rachat du gaz vert: la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) table sur 67 euros le mégawattheure (MWh) en 2023, contre plus de 100 euros actuellement.

«Nous sommes partis tard dans la course , mais plus personne ne conteste que nous avons un rôle capital à jouer dans le cadre de la transition énergétique»

Cédric de Saint-Jouan, président du think-tank France Biométhane

«Le risque est patent que l’industrie n’absorbe pas cette baisse de tarifs trop rapide et que les investisseurs intéressés par le biogaz se désengagent rapidement», souligne Cédric de Saint-Jouan, président du think-tank France Biométhane, qui édite l’Observatoire avec le cabinet Sia Partners. La filière est d’autant plus remontée qu’elle rencontre une bonne dynamique: selon l’Observatoire, 84 unités sont raccordées au réseau, en hausse de 73 % par rapport à 2017, pour une capacité totale d’injection de 1320 gigawattheures (GWh) par an, soit l’équivalent de l’approvisionnement d’une ville de 110.000 habitants comme Caen.

Hausse de la demande

«Cette progression fait que notre filière est tout simplement la plus dynamique d’Europe, poursuit Cédric de Saint-Jouan. Nous sommes partis tard dans la course (l’Allemagne compte déjà près de 10.000 unités), mais plus personne ne conteste que nous avons un rôle capital à jouer dans le cadre de la transition énergétique.» À preuve, l’Agence de défense de l’environnement et de maîtrise de l’énergie (Ademe) mise sur un scénario 100 % gaz vert à l’horizon de 2050. Mais il va falloir sérieusement accélérer car le biogaz couvre actuellement moins de 1 % de la consommation de gaz en France.

Dans le contexte actuel, les industriels hésitent à prendre des positions. Seul Engie a fait un pas significatif en annonçant un investissement de 800 millions d’euros[2] aux côtés de partenaires dans les cinq ans qui viennent. Le géant français, qui vient de racheter le numéro un du biométhane, Vol-V[3], dénonce sans relâche la menace d’un coup d’arrêt. Si celle-ci se concrétise, le parc biométhane restera l’apanage d’installations agricoles autonomes de faible capacité injectant sur le réseau de distribution et non pas sur le réseau de transport où sont acheminées de grosses quantités de gaz.

Un scénario à l’encontre de la tendance actuelle de la demande en biométhane, qui ne fait que croître. «Toute la production de gaz vert répertoriée au registre national des garanties d’origine ces deux dernières années a été consommée en 2018, rappelle Charlotte de Lorgeril, de Sia Partners. Ce registre permet de tracer rigoureusement la provenance du biométhane injecté dans les réseaux. Il recense actuellement 60 producteurs de biométhane et 28 fournisseurs qui en assurent la commercialisation.»  

Frédéric de Monicault

Source : http://www.lefigaro.fr/societes/la-filiere-biomethane-redoute-l-extinction-pure-et-simple-20190415

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