La France ne compte plus que deux compagnies de «cars Macron» 

Le Figaro Le Figaro - il y a 6 mois

L’opérateur allemand des cars FlixBus a officialisé le rachat de l’un de ses concurrents français, Eurolines-isilines. THOMAS SAMSON/AFP

FlixBus a officialisé ce jeudi le rachat d’Eurolines-isilines auprès du groupe Transdev. L’opérateur allemand des «cars Macron» n’a plus qu’un seul concurrent sur le sol français, Ouibus, qui sera lui-même bientôt remplacé par... BlaBlaBus à la suite de son rachat par BlaBlaCar.

Après deux mois de négociations exclusives[1], le rachat est acté: l’Allemand FlixBus a officiellement avalé son concurrent Eurolines-isilines, jusqu’alors propriété du groupe Transdev. Ce qui signifie que, sur les cinq opérateurs initialement lancés dans la course en 2015 lorsque la loi Macron a libéralisé le marché, seuls FlixBus et Ouibus restent sur la route. En 2016, le premier avait déjà racheté la division Europe continentale de son concurrent britannique Megabus, quand le second s’était offert la marque Starshipper créée par une trentaine d’autocaristes français.

Les négociations entre FlixBus et Transdev ont donc abouti ce mardi 30 avril sans que le montant du rachat soit révélé, annonce un communiqué du leader allemand. «La cession porte sur les activités d’Eurolines en France, aux Pays-Bas, en Belgique, en République Tchèque et en Espagne, avec un réseau de cars couvrant 25 pays», précise FlixBus. En France, l’opérateur de la multinationale française circulait sous la bannière isilines. Le PDG de Transdev, Thierry Mallet, justifie cette décision en expliquant que la transaction permettra à l’opérateur français de recentrer ses activités «sur le transport public et pour le compte des entreprises», autrement dit les métros, bus, tramways et prestations de navettes.

Avec ses 7,3 millions de passagers en France (+40% par rapport à 2017), FlixBus englobe le numéro trois du secteur qui a transporté 2,5 millions de clients l’an dernier. L’opérateur allemand confirme ainsi son statut de géant européen en matière de liaisons d’autocars à longue distance. Avec un réseau réparti dans 29 pays, FlixBus a transporté au total 45 millions de personnes l’an dernier et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

La longueur d’avance de FlixBus

Si le marché français est en pleine croissance en nombre de passagers (+20% encore au troisième trimestre 2018), il est toujours déficitaire: Ouibus avait enregistré 35 millions d’euros de pertes en 2017, isilines avait perdu la même année 15 millions et FlixBus perdait seulement 5 millions d’euros. Cependant, l’opérateur allemand qui détient le quasi-monopole dans son pays d’origine est devenu rentable à l’échelle européenne.

Le rachat d’Eurolines-isilines permet ainsi à FlixBus de confirmer son avance par rapport à son désormais seul concurrent, Ouibus, ainsi que son avantage: le marché européen. Car pour un opérateur, la seule possibilité de devenir rentable est d’accroître son nombre de passagers. «Les opérateurs se sont imposés sur le marché comme l’alternative la moins chère pour les longs trajets», avait ainsi rappelé en janvier Yves Lefranc-Morin, le directeur général en France de FlixBus, justifiant ainsi l’impossibilité pour les opérateurs de cars d’augmenter leurs prix pour compenser leurs déficits.

La stratégie de l’Allemand est donc de «développer un véritable réseau dans lequel les passagers des lignes déficitaires viennent remplir ensuite les plus grandes lignes, la plupart du temps celles qui transitent vers Paris». Ce qui confirme le rachat, puisque l’opérateur prévoit d’ajouter «des lignes et plus de fréquences sur des trajets comme Paris-Lille ou Paris-Lyon. Cela nous permettra d’atteindre plus vite la taille critique», ajoute Yves Lefranc-Morin.

BlaBlaBus en embuscade

Bien que le rachat soit un coup dur pour Ouibus, la filiale de transport en autocar de la SNCF n’est pas en reste. Déjà en 2017, l’opérateur français s’était allié avec trois autocaristes européens pour décupler son offre commerciale: National Express au Royaume-Uni, Alsa en Espagne et au Portugal, et enfin l’italien Marino Bus. À l’instar des compagnies aériennes, Ouibus avait pour objectif de créer avec ses partenaires des hubs internationaux.

Mais surtout, fin 2018, la SNCF a annoncé avoir cédé sa filiale au champion du covoiturage, BlaBlaCar. Les Ouibus devraient être renommés BlaBlaBus à la fin de l’année. Cette nouvelle marque sera lancée au Benelux et en Allemagne, où elle viendra directement concurrencer FlixBus. En internationalisant l’offre, les dirigeants de BlaBlaCar envisagent de parvenir à rentabiliser l’opérateur pour l’instant déficitaire. Une levée de fonds de 101 millions d’euros à laquelle la SNCF participe est censée renforcer BlaBlaBus hors de France.

Surtout, l’arrivée corollaire de la SNCF au capital de BlaBlaCar permet au site de covoiturage de faire son entrée sur le premier site d’e-commerce français, à savoir OUI.SNCF. Cet été, le site proposera des offres combinées train-bus-covoiturage qui permettront de proposer aux voyageurs des possibilités de voyage plus complètes. En rachetant Eurolines-isilines, FlixBus a gagné une bataille, mais face au prochain BlaBlaBus, il n’est pas certain qu’il gagne la guerre.

Jean Blaquière

Source : http://www.lefigaro.fr/societes/la-france-ne-compte-plus-que-deux-compagnies-de-cars-macron-20190502

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