Autobus d’Île-de-France : l’ouverture à la concurrence aiguise les appétits

BFMTV BFMTV - il y a 6 mois

Le réseau de bus de la grande couronne parisienne sera progressivement ouvert à la concurrence d’ici 2021. Île-de-France Mobilités, l'autorité régionale des transports, espère une amélioration notable du service aux usagers.

En Île-de-France, chacun voudra sa part du gâteau. Pressée par Bruxelles, Île-de-France Mobilités s’apprête à ouvrir à la concurrence les 1.500 lignes d’autobus de la région, convoitées par tous les opérateurs de transports. En attendant la libéralisation du réseau parisien « intra-muros », le 31 décembre 2024, l’autorité régionale s’attaque à la grande couronne parisienne.

Sous la bannière Optile, l’exploitation de ces lignes est actuellement répartie en 140 contrats passés de gré à gré, détenus à moitié par Transdev, devant Keolis et la RATP. Ce marché, qui pèse près d’un milliard d’euros, a été redécoupé en 39 lots qui seront attribués par des appels d’offres successifs. Une première procédure a été lancée pour le futur tramway T9 et sept lignes de bus actuellement exploitées par Keolis au sud-est de Paris. Six lots suivants en juillet et six autres à l'automne sont attendus dès cette année.

L’ouverture à la concurrence pourrait bien être une bonne affaire pour IDFM, qui dépense actuellement 2,3 milliards d'euros par an pour faire rouler les autobus franciliens. « Pour chaque lot, l’opérateur qui remportera l’appel d’offres sera celui qui demandera la subvention la plus faible. Une subvention moindre à verser, pour chacun de ces lots, c’est autant de dépenses en moins pour la Région Île-de-France, qui pourra réorienter cet argent vers d’autres besoins. C’est certain qu’elle y gagnera », souligne Marc Ivaldi, professeur à la Toulouse School of Economics.

Pour les usagers, en revanche, la facture devrait être la même. « Compte tenu de la politique de tarification unique pour le Pass Navigo, l’ouverture à la concurrence ne devrait pas se répercuter sur les prix proposés aux usagers », estime l’économiste. Que l’on fasse trois ou trente minutes de trajet, que l’on emprunte un bus ou trois métros, l’abonnement mensuel est inchangé. « Il faut néanmoins attendre de voir ce que contiendront exactement les appels d’offres. Certains opérateurs auront peut-être la possibilité de s’autonomiser en termes de prix, tout en assurant une perméabilité avec le Pass Navigo », s’interroge-t-il.

Concurrence par la comparaison

Plus qu’un gain financier, IDFM compte avant tout sur une amélioration du service aux usagers. Propreté des véhicules, vidéosurveillance, informations précises sur le temps d’attente, ce sont autant d’arguments sur lesquels pourront jouer les opérateurs pour se distinguer de leurs rivaux. « La concurrence n'est pas une fin en soi : c'est un levier pour […] exiger des opérateurs qu'ils offrent le meilleur service possible, tout en assurant un meilleur équilibre financier », assure en effet Laurent Probst, directeur général d'IDFM.

En comptant, après l’attribution des lots, sur une émulation entre les opérateurs. « Un candidat pourrait mentir pour remporter l’appel d’offres, puis tenter de renégocier une subvention plus importante ou réduire drastiquement ses investissements, en expliquant qu’il ne parvient pas à être rentable. Le découpage en plusieurs lots devrait l’en empêcher, car il se traduira par une autre forme de concurrence : si ses concurrents réussissent dans des conditions comparables, ce sera beaucoup plus difficile à justifier », note Marc Ivaldi.

Tous les grands acteurs du secteur se placent sur la ligne de départ. « On se mobilise là-dessus », affirme Transdev, par la voix de son PDG Thierry Mallet. « On sera candidats sur plusieurs lots. Peut-être pas les 38, mais […] dès lors qu'on considèrera qu'on a des chances de gagner, bien évidemment », assure Jean-Pierre Farandou, à la tête de Keolis. La RATP sera également de la bataille via de nouvelles filiales. « Ce n’est pas impossible que d’autres opérateurs se positionnent sur ces lignes de grande banlieue en attendant l’ouverture à la concurrence de Paris intra-muros », avance Marc Ivaldi.

Et les petites entreprises ?

Pour laisser sa chance à toutes les entreprises, IDFM assure avoir prévu différentes tailles de lots, certains plus petits que d’autres. Une chance pour les PME du transport ? « Elles pourront difficilement entrer sur ce marché », doute-t-il.

« Il faut une certaine taille pour amortir les coûts fixes. Il est beaucoup plus facile de gérer les pannes quand on possède sept lignes et une trentaine de bus, qu’en possédant une seule ligne et trois véhicules. Ces entreprises pourront remporter les appels d’offres pour les petits lots, mais je ne sais pas si elles pourront tenir durablement », conclut-il.

Source : https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/autobus-d-ile-de-france-l-ouverture-a-la-concurrence-aiguise-les-appetits-1690173.html

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