Véhicules électriques en Ile-de-France : le réseau tiendra-t-il la route

Le Parisien Le Parisien - il y a 2 mois

Aux Mureaux (Yvelines), une borne de charge innovante pour véhicule électrique a été inaugurée ce jeudi 24 novembre. LP/Virginie Weber

A l’horizon 2030, l’électromobilité pourrait avoir pris le pas sur le véhicule thermique en Ile-de-France. Entraînant avec elle une hausse importante dans la consommation d’électricité.

Elles ont fait un bond de 25% en 2018 par rapport à 2017. Mais les ventes de véhicules électriques ne représentent encore que 1,43% du marché français avec 31 000 immatriculations. Pour toute la France.

A l’horizon 2030, l’entreprise RTE (Réseau de transport d’électricité), chargée de l’équilibre entre la production et la consommation d’électricité acheminée par ses lignes à haute tension, estime qu’en Ile-de-France, environ 1 million de véhicules électriques seront en circulation. Au même moment, le Grand Paris Express aura vu le jour et la RATP aura terminé la conversion de ses bus.

Mais si demain, nous passons tous à l’électrique, le réseau tiendra-t-il ? La question se pose alors que cette année encore, RTE avait lancé au début de l’hiver une mise en garde à l’occasion de son bilan prévisionnel sur la sécurité d’approvisionnement du pays.

ON NE MANQUERA PAS DE COURANT...
D’emblée, les opérateurs l’assurent. Malgré cette hausse des besoins, on ne manquera pas de courant : « Ce n’est pas un enjeu d’énergie », affirme-t-on chez Enedis. « Même si 15 millions de véhicules électriques roulaient sur l’ensemble du territoire français, leur besoin ne représenterait que 8 % de la consommation totale d’électricité, ajoute Régis Boigegrain, délégué régional RTE en Ile-de-France et Normandie. C’est moins que le chauffage électrique ».

...MAIS IL Y A DE VRAIES INTERROGATIONS SUR LA PUISSANCE
En revanche, c’est du côté de la puissance, c’est-à-dire, du besoin de courant à un instant T, que la situation pourrait se compliquer. « Il y a déjà un pic le soir à 19 heures en hiver. Si l’on recharge la voiture en même temps que l’on prépare le dîner, on risque de le renchérir », poursuit Regis Boigegrain. «On ne pourra pas fonctionner avec l’électrique comme avec le thermique, précie Michel Vanhaesbroucke d’EDF Nouveaux Business. Si l’on se précipite pour recharger le véhicule quand le voyant devient rouge, cela risque de poser un énorme problème pour le réseau».

A commencer par le besoin de combler le manque en faisant appel aux centrales à charbon, bien plus polluantes. « Voire, à l’horizon 2030, si on a fermé des centrales, nous devrons avoir recours à des importations d’énergie, explique Stéphane Chatelin, de l’Association négaWatt. Encore faut-il que nos voisins, qui en auront aussi fermé, aient du courant disponible ». « Mais il suffit parfois de peu de choses pour ne pas avoir recours au charbon », poursuit le délégué de RTE.

DES PRIX INCITATIFS AUX HEURES CREUSES
Pour l’éviter, les énergéticiens imaginent plusieurs solutions. «Grâce à des prix incitatifs, nous pourrons encourager les gens à recharger leur véhicule aux heures creuses », suggère Dominique Lagarde, directeur du Programme Mobilité Electrique Enedis. Ils misent aussi sur les « recharges intelligentes ». « Des systèmes programmés pour se recharger la nuit, comme ce qui se fait pour les chauffe-eau, avec une marche forcée en cas de besoin », propose Régis Boigegrain. Ou encore, avoir recours à la batterie : lorsque le réseau est sous tension, la batterie se décharge pour le soulager. Une fois le pic passé, elle pourra se recharger.

FAVORISER LES RECHARGES LENTES
« Tout dépendra aussi des systèmes de charges que l’on mettra en place. Il faudra plutôt des systèmes lents - c’est à dire un plein d’électricité en plusieurs heures, reconnaît Stéphane Chatelin. Mais on constate qu’aujourd’hui, tout le monde se tourne plutôt vers des charges rapides ». Dans le centre commercial de Bellepine (91), à Rungis (94) ou encore du côté de Tesla, on a installé une station «ultra rapide ». Elle promet une recharge totale (250km d’automonie) en seulement 20 minutes. Soit 6 bornes de 130kW. Loin des 7kw et moins des charges dites normales ou lentes !

MISER SUR DES FOYERS PLUS ECONOMES
Reste que 1 million de voitures électriques représentent 1 000 MW de puissance. A titre de comparaison, le pic de puissance se situe en moyenne autour de 8400 MW en Ile-de-France. Et le record, encore jamais inégalé dans la région, a été enregistré le 18 janvier 2017, avec 15 205 MW.

Les spécialistes assurent par ailleurs que ces nouveaux besoins en électricité seront compensés par d’autres réductions. Les comportements d’abord. « En 2025/2030, il y aura davantage d’isolations de bâtiment, moins de consommation de chauffage électrique. Les besoins vont encore être réduits », estime Matthieu Mefflet - Piperel, ingénieur au service Transports et mobilité de l’Ademe. On estime ce gain, à l’horizon 2030, à 1400 Kw. «Beaucoup de paramètres ne sont pas fixés. C’est pourquoi nous avons mis en place des groupes de réfléxion », avoue Régis Boigegrain. Certains proposent aussi de se tourner vers d’autres types d’énergies comme le biogaz ou l’hydrogène.

Bref, le débat n’est pas clos et la réflexion ne fait que commencer.

Jila Varoquier

Source : www.leparisien.fr

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