Le projet du gouvernement qui inquiète le monde du transport

Les Echos Les Echos - il y a 21 jours

Le projet de loi sur les mobilités prévoit pour les groupes de transports publics et les jeunes pousses l'obligation d'ouvrir leurs services de vente. L'objectif est de favoriser la mise en place de plates-formes regroupant l'ensemble des offres de mobilités. Mais les acteurs français redoutent l'hégémonie à terme des géants américains de la tech. Le ministère des Transports vient d'introduire plusieurs garde-fous dans le texte, et les concertations se poursuivent en coulisses.

Le gouvernement est-il en train, au nom de l'intérêt des voyageurs, de préparer une voie royale aux géants de la tech américaine pour s'imposer dans le monde des transports ? C'est ce que redoutent un certain nombre d'acteurs hexagonaux du secteur, au sein de la RATP, de la SNCF, des autocaristes ainsi que chez certaines jeunes pousses. Des inquiétudes auxquels le ministère des Transports s'efforce de répondre.

L'objectif de l'exécutif est de favoriser l'émergence de plates-formes qui centraliseraient l'ensemble des services de mobilité d'une même agglomération ou région. Tickets de bus ou de métro, VTC, vélos en libre-service ou encore places de stationnement… Le client pourrait réserver un ou plusieurs modes, pour composer un trajet de point à point par exemple, et payer en un clic.

Volonté de simplification

Une volonté de simplification louable : ces dernières années, de nouvelles offres de mobilité sont apparues, des trottinettes à l'autopartage en passant par le covoiturage. Mais pour les utiliser, il faut en passer par l'appli développée par chaque opérateur. Ce qui oblige l'utilisateur à jongler avec de nombreux sites.

Certes, le marché et les consommateurs poussent à la constitution de  services de billétique intégrés[1] . Mais pour le gouvernement, ce mouvement est trop long, et les opérateurs publics ont semble-t-il été suspectés de faire de la résistance.  Le projet de loi d'orientation sur les mobilités (LOM)[2] , dont l'examen en commission vient de s'achever à l'Assemblée, prévoit ainsi pour les opérateurs subventionnés, mais aussi pour « les autres services de transport ouverts aux publics » (ceux lancés par des start-up par exemple), l'obligation d'ouvrir leur billétique aux services numériques multimodaux qui le souhaiteraient.

La menace des Gafa

Au 1erdécembre 2021, date d'entrée en vigueur de cette disposition, UberGoogle ou Apple pourraient constituer des plates-formes vendant des tickets de métros RATP, l'accès aux VTC ou encore à tous les services de trottinettes en libre-service, sans que les intéressés puissent s'y opposer. Cette perspective a effrayé de nombreux acteurs, qui redoutent que les Gafa, grâce à leur force de frappe technique et commerciale, ne s'imposent rapidement et finissent par dicter leur loi aux opérateurs en captant une partie de leurs marges.

Le ministère des Transports a entendu ces inquiétudes et tente d'y répondre.  Lors de l'examen du projet de loi en commission[3] , le texte a été précisé, en ajoutant plusieurs garde-fous. Les futurs services multimodaux seront par exemple tenus de proposer l'intégralité de l'offre de transport public d'une ville ou d'une région, et ne pourront faire le tri pour ne commercialiser que les principales lignes.

Ecarter le risque de désintermédiation

Par ailleurs, l'opérateur de transport et l'autorité locale qui subventionnent éventuellement son activité conservent le contact avec le client et les données qui vont avec, pour écarter le risque de désintermédiation. Autre point crucial : les tarifs pratiqués seront ceux fixés par l'opérateur ou l'AO. « Cela va dans le bon sens. Il y a une vraie concertation depuis le vote du Sénat », reconnaît une source. La vigilance reste toutefois de mise, et les réunions de concertation continuent de s'enchaîner à un rythme soutenu.

De nouvelles garanties devraient être apportées lors de l'examen en séance publique. Le député LREM Jean-Baptiste Djebbari prépare notamment un amendement qui imposerait aux plates-formes souhaitant se lancer, d'obtenir un agrément des pouvoirs publics, en remplissant un cahier des charges.

Autre sujet à préciser, la place des billets TGV dans cette future offre. Les déplacements longue distance ne sont pas concernés par la version actuelle du projet de loi. Cela pourrait évoluer dans les semaines à venir, avance un connaisseur du dossier. La date d'entrée en vigueur, par ailleurs, devrait être repoussée : l'échéance de décembre 2021 semble trop juste pour permettre aux start-up d'ouvrir leur billettique, ainsi que pour répondre aux problèmes de sécurité informatique qui ont été mis en évidence.

Lionel STEINMANN

Photo : Hans Lucas

Source : https://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/le-projet-du-gouvernement-qui-inquiete-le-monde-du-transport-1023525

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