Le téléphérique urbain de Toulouse enfin « sur les rails »

Le Point Le Point - il y a 4 mois

Le « coup d'envoi » symbolique à la construction d'un téléphérique à Toulouse est donné ce vendredi. La ligne devrait entrer en service dès la fin 2020.

On en parle depuis plus de dix ans, mais cette fois, c'est certain : Toulouse[1] ajoutera un téléphérique dès la fin 2020 à son offre de transports urbains. Les travaux ne seront lancés qu'à la rentrée, mais les élus de la métropole ont tenu à donner dès ce vendredi le « coup d'envoi » symbolique de ce projet qui commençait à ressembler à une Arlésienne sur les bords de la Garonne.

Contrairement aux lourds chantiers du métro ou du tramway, il faudra à peine plus d'un an pour construire cette ligne de 3 kilomètres de long. Dotée de 17 cabines capables d'emporter 34 personnes chacune (dont 17 à 20 places assises), elle reliera l'université Paul-Sabatier à l'Oncopôle bâti au bord de la Garonne en passant par le CHU de Rangueil, construit dans les années 1970 sur une colline dominant la ville et son fleuve.

83 millions d'euros

« Je suis content de voir cette idée se concrétiser et être reprise dans d'autres villes », se félicite Philippe Douste-Blazy[3], initiateur du projet lorsqu'il fut maire de Toulouse (2001-2004). Dans l'esprit de l'ancien ministre de la Santé, il s'agissait juste d'offrir une liaison aux étudiants de médecine du CHU et leurs professeurs vers l'Oncopôle qu'il avait voulu faire émerger sur les anciens terrains dévastés par l'explosion de l'usine AZF. Pierre Cohen[4], qui lui a succédé au Capitole, a rajouté le tronçon qui redescend de Pech David sur l'autre versant, vers l'université.

Le maire socialiste de Toulouse avait rebaptisé le projet « aérotram ». Il espérait l'inaugurer en 2017. Estimé initialement à 43 millions d'euros (hors taxes), le projet a été à plusieurs reprises revu à la hausse ; 63 millions, puis 83 millions d'euros. Pour ce prix, les cabines fabriquées par Poma en Isère[5] doivent pouvoir circuler même si le vent d'autan souffle à plus de 100 km/h. La maintenance du téléphérique a été confiée à Altiservices, une filiale d'Engie qui exploite plusieurs stations de ski dans les Pyrénées. Pour une somme forfaitaire de 2 millions par an, ces spécialistes s'engagent à ne pas immobiliser le téléphérique plus de 14 jours par an.

En dépit de ces ajouts au projet initial qui font grimper la facture, le téléphérique urbain s'annonce comme l'un des moyens de transport les plus économes, fait valoir Francis Grass, adjoint au maire chargé du chantier. Presque une « récréation » pour cet ancien directeur de la société d'exploitation des bus et du métro toulousains qui pilote également le projet de troisième ligne de métro, lourd de plusieurs milliards d'euros, qui ne devrait être mis en service qu'à l'horizon 2025... si tout va bien.

Vers une extension

La conception du téléphérique n'a cependant pas été un long fleuve tranquille. Il faudra surélever la station de l'Oncôpole, située en zone inondable, consolider un pylône sur le versant de Pech David sujet aux glissements de terrain, survoler les ballastières où dorment encore des tonnes d'explosifs englouties après la guerre et traverser les fumées de la dernière usine chimique classée Seveso. Il a surtout fallu rassurer les enseignants et les parents d'élèves du lycée Bellevue, qui craignaient que le survol de leur établissement par les cabines perturbent les élèves.

Toutes ces réserves expliquent que le téléphérique ne pourra pas être inauguré avant les élections municipales, comme Jean-Luc Moudenc[7] l'aurait voulu. Sceptique à l'origine sur l'idée d'un téléphérique urbain, l'ancien adjoint aux transports de Philippe Douste-Blazy envisage désormais d'étendre la ligne vers les quartiers du Mirail et de Montaudran en survolant le périphérique.

Stéphane Thépot

Source : https://www.lepoint.fr/economie/le-telepherique-urbain-de-toulouse-enfin-sur-les-rails-05-07-2019-2322849_28.php

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