Le gaz vert veut encore croire à son avenir

La-Croix.com La-Croix.com - il y a 7 jours

Selon la Cour des comptes, le biométhane peut être une énergie rentable si l’on prend en compte l’ensemble de ses avantages.

Les représentants de la filière gaz ont acquis une conviction ces derniers mois. S’ils n’intègrent pas très rapidement une dimension « renouvelable » à leur production, avec notamment le biométhane issu de la fermentation des déchets organiques, l’avenir de cette énergie fossile est condamné à plus ou moins brève échéance dans l’hexagone, au profit de l’électricité.

Mais la programmation pluriannuelle de l’énergie (PEE), présentée à l’automne 2008, leur laisse assez peu d’espoir, en imposant des baisses de coûts importants de la filière, en contrepartie d’un soutien public. L’objectif fixé est d’atteindre 67 € le mégawatt/heure (MWh) de biométhane en 2023, contre près de 100 € actuellement. Le gouvernement ne table plus que sur 7 % de gaz vert dans les réseaux en 2030, alors que la loi de transition énergétique de 2015 tablait sur un seuil de 10 %.

Le gaz naturel représente actuellement 20 % de l’énergie finale consommée et environ 20 % de l’émission des gaz à effet de serre.

Un prix compétitif à condition de tout prendre en compte

Les professionnels du secteur viennent de recevoir un soutien de poids avec la présentation, par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), mardi 9 juillet, d’une étude sur le « verdissement du gaz ». Selon elle, le biométhane peut être compétitif à condition que l’on prenne en compte un ensemble de facteurs.

« On feint de croire que le gaz vert est seulement une énergie. C’est faux, car on doit y ajouter le complément de revenu que cela représente pour les agriculteurs, les gains réalisés par la collectivité dans le traitement des déchets ainsi que les bénéfices en termes d’aménagement du territoire et de création d’emploi en milieu rural », souligne Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

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D’autres paramètres doivent également être pris en compte et monétisés. « Le biogaz est une énergie renouvelable qui n’est pas intermittente, ce qui a une valeur importante sur le marché. Les résidus issus de la fermentation peuvent en outre être épandus dans les champs, permettant ainsi d’avoir moins recours à des engrais chimique », ajoute Philippe Mauguin, le président de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), qui a cosigné le rapport, avec Olivier Appert, l’ancien président de l’Institut français du pétrole. L’industrialisation de la filière devrait aussi permettre de baisser les prix.

Plus de 700 dossiers en attente

Mis à bout à bout, l’ensemble de ces atouts sont de nature à réduire les coûts de 30 %, juge l’étude. Le biométhane tomberait alors autour de 70 € par MWh. « C’est la bande passante des prix des énergies renouvelables actuellement », note le patron de la CRE.

Le coût du biogaz pourrait même tomber vers les 40 € par MWh en 2030, si le prix de la tonne de CO2 atteint les 100 €. Un niveau assez voisin du gaz naturel qui avoisinerait les 35 € par MWh à ce moment-là (contre 25 € actuellement), selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

En France, la ressource est là, jugent les auteurs du rapport, et sans avoir à utiliser des cultures spécifiques dédiées, à l’instar de ce qui s’est fait en Allemagne. Le potentiel est évalué à au moins 30 TWh de biométhane en 2030 (contre 1,3 TWh aujourd’hui), provenant pour moitié de l’élevage et pour une autre des résidus de cultures végétales. Les agriculteurs sont demandeurs.

À la fin de l’année, 130 unités de méthanisation devraient être service, contre 76 en 2018. Plus de 700 dossiers sont également en attente, avec une capacité cumulée de 700 TWh, soit environ 4 % de la consommation française de gaz.

Jean-Claude Bourbon

Source : https://www.la-croix.com/Economie/Le-gaz-vert-veut-encore-croire-avenir-2019-07-09-1201034360

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