Le gaz naturel, carburant du futur pour les bus de Haute-Vienne ?

Le Populaire du Centre Le Populaire du Centre - il y a 3 mois

Un bus qui roule au gaz naturel, une première sur les routes de Haute-Vienne. © Thomas JOUHANNAUD

Pendant 20 jours, le transporteur Europ Voyages a fait rouler un bus au gaz naturel GNV, sur la ligne Limoges-Saint Junien. Un test permettant à cette société, qui envisage de développer l'utilisation du gaz naturel sur ses véhicules, de mesurer les avantages et inconvénients de ce carburant.

Vous avez peut-être dernièrement emprunté la ligne 11, reliant Limoges à Saint-Junien, du réseau de bus haut-viennois. Mais saviez-vous que le véhicule qui vous a transporté roulait au gaz naturel pour véhicules (GNV) ? Entre le 1er et le 19 août, l'exploitant de cette ligne 11, la société Europ Voyages, a testé pour la première fois en Haute-Vienne un car alimenté par une énergie propre. 

Les indices laissant penser que l'essence a été troquée par du gaz naturel sont, toutefois, peu nombreux. Dans le bus, seul le plafond est un peu plus bas. « Les cuves de stockage y sont installées », explique Alain, l'un deux conducteurs qui a eu le privilège de prendre les commandes de l'engin. « Le poste de conduite est identique. » Seul un petit écran permet de vérifier l'état du circuit de gaz. 

Quinze minutes pour faire le plein

« Il contrôle les cuves de stockage, le moteur et le point de remplissage », poursuit Alain. Sous la carcasse du bus, le moteur à explosion est exactement le même qu'un moteur à essence. Faire le plein, en revanche, demande un peu plus de temps. « Il faut dix à vingt minutes pour un plein de 200 kg de gaz, qui permet de faire 600 km environ », précise le conducteur. « Sur certaines pompes, cela peut même demander plusieurs heures pour recharger. »

Sans compter, pour les chauffeurs haut-viennois, le temps de trajet pour trouver une station de rechargement. « Il n'y en a qu'une dans le département, à Beaune-les-Mines », regrette Justine Bureau, responsable qualité sécurité environnement à Europ Voyages.

Une seule station en Haute-Vienne

Pour les sociétés de transports, développer des bus au gaz naturel doit représenter un intérêt environnemental, mais aussi économique . Avec une seule station de rechargement, ce dernier aspect est éludé en Haute-Vienne. « Ce n'est pas très pratique, pour nous qui sommes basés à Panazol », estime Justine Bureau. « Cela implique 45 minutes de route, pour faire un plein tous les deux jours environ. »

L'utilisation du gaz naturel peut pourtant représenter un réel avantage économique pour les transporteurs. Encore faut-il qu'ils soient nombreux à s'y mettre. « Plus le débit est important, moins le prix est élevé », souligne Justine Bureau. « Pour un bus seul, le prix au kilo avoisine 1,30 euros. Si il y a plusieurs véhicules, cela peut descendre jusqu'à 0,85 centimes. » 

Unir les transporteurs

Les transporteurs ont donc tout intérêt à trouver un terrain d'entente. « Il faudrait qu'une trentaine de cars roule au gaz naturel pour convaincre les fournisseurs de gaz tel GRDF, et les installateurs de stations », assure Justine Bureau. « Si la flotte est trop faible, les entités qui gèrent les stations n'ont aucun intérêt à en installer une nouvelle. Pour qu'une station soit viable, il faut au minium 500 tonnes de BioGNV chaque année. L'idéal, ce serait d'avoir une station partagée entre transporteurs, dans un endroit pratique de Limoges. Il y a des discussions en cours pour cela. »

Le coût d'un bus au gaz naturel, plus cher de 25 % qu'un car classique, pourrait donc rapidement être amorti par un budget moindre pour faire le plein. Pour les chauffeurs, la conduite « plus souple », « moins bruyante » et « plus douce » est aussi un avantage. 

Des bus propres en 2030

Ces bus propres, en revanche, réclament un peu plus d'anticipation pour les conducteurs. « Il faut très bien maîtriser l'autonomie du véhicule », prévient Alain. « Lorsque l'on tombe en panne de carburant, on ne peut utiliser un bidon comme avec l'essence. On appelle la dépanneuse directement. »

De l'anticipation, il en faut aussi pour les sociétés de transports. « Des formations sont notamment nécessaires pour les chauffeurs et les mécaniciens », souffle Justine Bureau. « Dans le temps de route, l'entreprise devra également prendre en compte le temps de recharge supplémentaire, imposé par le gaz naturel. Au total, il faut compter 15 % d'entretien en plus par bus, compte tenu de l'éloignement des stations. »

Il reste 11 ans aux transporteurs de Haute-Vienne pour transformer leur carburant, la Région Nouvelle-Aquitaine ayant fixé l'objectif d'avoir 100 % de cars régionaux « propres » en 2030. 


Par Thibaud Delafosse

Source : https://www.lepopulaire.fr/limoges-87000/actualites/le-gaz-naturel-carburant-du-futur-pour-les-bus-de-haute-vienne_13624141/#refresh

Partager

Laisser un commentaire :