Energie : la promesse de l’hydrogène abondant et pas cher ?

SudOuest.fr SudOuest.fr - il y a 3 mois

Pour être raccord avec la transition énergétique, l'hydrogène devrait être "vert", c’est-à-dire fabriqué à partir d'énergies renouvelables comme l'éolien ou le solaire. (Crédit : ARCHIVES AFP)

Une petite société canadienne aurait-elle trouvé la martingale énergétique ? Dans le cadre d’une conférence scientifique à Barcelone, Proton Technologies (à ne pas confondre avec la société suisse qui propose une messagerie chiffrée) a affirmé avoir mis au point une technique pour extraire à grande échelle et à bas coût de l’hydrogène à partir des champs pétrolifère souterrains et des sables bitumineux – le pétrole canadien le plus sale du monde en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

Cette annonce suscite l’intérêt. L’hydrogène sert à alimenter les piles à combustible qui produisent de l’électricité et de la chaleur en ne rejetant que de l’eau, une technologie utilisée à titre marginal à l’heure actuelle dans les transports. Elle est censé jouer un rôle clé dans la transition énergétique, à condition d’augmenter ses usages et de réduire ses coûts de production indiquait en juin l’Agence internationale de l’énergie (AIE). La production d’hydrogène est elle-même gourmande en énergie –  le dihydrogène, H2, n’est disponible qu’en cassant des molécules plus grosses comme l’eau (H20) ou le méthane (CH4).

Pour le moment, cette production passe par l’usage des énergies fossiles, ce qui n’a rien de vertueux pour le climat. Pour être raccord avec la transition énergétique, l’hydrogène devrait être "vert", c’est-à-dire fabriqué à partir d’énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire.

Injecter de l’oxygène, retirer de l’hydrogène

"Les champs pétrolifères, même ceux n’étant plus exploités, contiennent toujours des quantités significatives de pétrole", argumente Grant Strem, PDG de Proton Technologies. "Les chercheurs ont trouvé qu’injecter de l’oxygène dans ces champs augmente la température et libère l’hydrogène, qui peut être séparé d’autres gaz à travers des filtres spécifiques. L’hydrogène ne préexiste pas dans les réservoirs, mais injecter de l’oxygène permet à la réaction chimique qui aboutit à la formation d’hydrogène d’avoir lieu", affirme-t-il.

Si cette technologie fonctionnait à une échelle industrielle, les coûts de production de l’hydrogène seraient compris entre 10 et 15 cents par kilo selon Proton Technologies, contre deux dollars le kilo actuellement. Tout est dans le "si". Du procédé scientifique sur le papier à l’exploitation par l’industrie lourde, il y a un gouffre.

Une technique déjà connue

Directeur d’un groupement de recherche sur l’hydrogène au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), Olivier Joubert apporte d’ailleurs quelques bémols. "Cette technique existe déjà depuis un certain temps, c’est le principe de la gazéification souterraine. On envoie de l’oxygène sur du pétrole ou du charbon, ce qui produit un mélange de gaz, souvent de type syngaz à base de monoxyde de carbone, de CO2 et d’hydrogène. On filtre ensuite l’hydrogène pour pouvoir le réutiliser ailleurs". Le chercheur relève que les les moyens techniques à utiliser pour y parvenir ne sont guère évidents à mettre en place. Et que le niveau de pureté de l’hydrogène produit n’est pas précisé.

A ce stade, la présentation de Proton Technologies offre le flanc à l’accusation de "greenwashing". Alors que perpétuer l’exploitation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) s’avère incompatible avec la stabilisation du climat, un tel procédé brosse la perspective d’une source d’énergie "verte" en sortie de forage pétrolier. Cet aspect du dossier n’échappe pas à Proton Technologies qui assure qu’on pourrait ainsi "laisser le carbone sous terre". Les promesses n’engagent que ceux qui y croient.


Par Denis Renard (avec AFP)

Source : https://www.sudouest.fr/2019/08/20/energie-la-promesse-de-l-hydrogene-abondant-et-pas-cher-6463243-706.php

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