La France, bonne ou mauvaise élève de la transition énergétique?

20 Minutes 20 Minutes - il y a 3 mois

La part du nucléaire dans l'énergie française doit diminuer à 50% d'ici 2035. — G. Michel

Dans un rapport paru en mars dernier, le Forum économique mondial (plus connu sous le nom de Forum de Davos) a publié son index de transition énergétique 2019. Celui-ci dresse un classement de 115 pays, basé sur deux critères principaux: la performance du système énergétique et le degré de préparation à la transition énergétique. La France se hisse à la 8e place de cet index, avec des résultats contrastés: 4e en ne considérant que le premier critère et 17e ex-aequo sur le second. Pour tenter d'y voir plus clair, «20 Minutes» a fait appel à l'expertise de Nicolas Berghmans, chercheur climat et énergie à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Le système énergétique français actuel est-il performant?
D'après le classement, la France est un très bon élève (4e place). «Le système français est performant dans la sécurité de l'approvisionnement en énergie. C'est la conséquence de son mix électrique, basé sur le nucléaire et l'hydraulique», explique Nicolas Berghmans. La production électrique française est très peu dépendante des énergies fossiles, c'est son atout majeur. Son coût, relativement bas, est un autre bon point.

Ça, c'est si on ne prend en compte que la production. Mais si on regarde la consommation, la situation de la France apparaît plus contrastée, avec une dépendance aux énergies fossiles, notamment les hydrocarbures: le pétrole et ses dérivés pour les véhicules, et le gaz pour le chauffage domestique.

Alors, la France est-elle prête (ou bien engagée) pour la transition énergétique?
Dans ce domaine, le classement est moins avantageux pour la France (pas dans le top 10): 17e ex-aequo avec l'Uruguay. «Il y a des difficultés en France dans le développement des projets d'énergie renouvelables», pointe Nicolas Berghmans. Particulièrement «dans leur mise en œuvre». Du retard a été pris dans l'éolien.

La longueur des procédures administratives et des procédures en justice y sont pour beaucoup. Néanmoins, «des mesures ont été prises pour accélérer le traitement des recours judiciaires». Et les objectifs fixés par le gouvernement sont ambitieux. «Tripler la production d'électricité éolienne et quintupler la production d'électricité solaire en dix ans.»

Développer la production d'énergies renouvelables est-il suffisant?
Non, cela ne suffit pas. L'autre axe majeur de la transition est l'efficacité énergétique, qui passe par la réduction de la consommation. «La demande énergétique doit être divisée par deux d'ici à 2050. Il y a des difficultés à atteindre cet objectif», constate le chercheur. Les difficultés se cristallisent sur un point en particulier: «Il faudrait repenser la politique de rénovation énergétique en France. Dix ans après la loi, on n'y est pas.»

Nucléaire et transition énergétique sont-ils compatibles?
La part des énergies renouvelables dans le mix électrique français doit augmenter et celui du nucléaire doit baisser, pour atteindre 50% en 2035. «L'enjeu est: "qu'est-ce qu'on fait après 2035?" Où investit-on dans les décennies qui viennent?», questionne le chercheur. «Aujourd'hui, il y a une compétitivité plus forte des énergies renouvelables, solaire et éolien, avec des coûts de production très faibles». Dans le même temps, la majorité des réacteurs nucléaires arrivent en fin de vie et l'EPR de Flamanville enchaîne les retards. La question se pose donc, mais n'est pas encore tranchée.

Par Maurice Charles

Source : https://www.20minutes.fr/magazine/2585279-20190820-france-bonne-mauvaise-eleve-transition-energetique

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