Franco Miniero, Yutong Europe | Mobilités Magazine. La nouvelle référence du transport de voyageurs

Mobilités Magazine Mobilités Magazine - il y a 24 jours

Franco Miniero n'est pas un inconnu dans l'univers du véhicule industriel, et plus particulièrement dans celui de l'autocar et de l'autobus. Avant d'intégrer à l'été 2018 Yutong comme président exécutif pour l'Europe et l'Amérique du Nord et en qualité de directeur adjoint du développement international de la marque chinoise, il était en charge du développement international de cette activité chez Scania. Auparavant, il a œuvré à différents postes de direction chez Iveco, Fiat Professional et Irisbus.


Franco Miniero n'est pas un inconnu dans l'univers du véhicule industriel, et plus particulièrement dans celui de l'autocar et de l'autobus. Avant d'intégrer à l'été 2018 Yutong comme président exécutif pour l'Europe et l'Amérique du Nord et en qualité de directeur adjoint du développement international de la marque chinoise, il était en charge du développement international de cette activité chez Scania. Auparavant, il a œuvré à différents postes de direction chez Iveco, Fiat Professional et Irisbus.

Cette interview a eu lieu en juillet 2019, peu de temps après l'ouverture du redressement judiciaire (le 1er juillet 2019) de l'importateur France de Yutong, la société Diterich Carebus Group sise à Ingwiller (Bas-Rhin).

Le dépôt des offres était prévu jusqu'au 12 août 2019 pour tout ou partie des activités du groupe DCG. On comprendra, en creux, la valeur de certaines réponses de Franco Miniero une fois cette information assimilée.

Parallèlement, Yutong est en phase de déploiement en Europe, la firme devant annoncer à l'occasion du salon Busworld Europe 2019 de nouvelles représentations.

Plus discret que BYD, plus patient que King Long, Yutong est un acteur majeur du secteur à suivre de près. Il s'agit, rien de moins, que du n°1 du marché chinois de l'autobus et de l'autocar, premier marché du monde en volume pour ces véhicules...


Mobilités Magazine : Franco Miniero, quelles sont exactement vos activités au sein de Yutong ?

Franco Miniero : J'ai la responsabilité opérationnelle du marché européen et le développement des activités internationales hors Chine. Ce qui inclut les Amériques, l'Afrique et le Moyen-Orient. 

MM : Sur quel périmètre de gamme ?

FM : L'activité commerciale couvre l'intégralité du catalogue Yutong, ce qui inclut les véhicules à moteurs Diesel, les hybrides et les électriques, autobus et autocars, jusqu'au grand-tourisme Yutong GT12. 


MM : Pour l'Europe, quelle est votre organisation industrielle et quelles sont vos priorités ?

FM : Yutong a une usine dédiée au marché européen, appelée « High End ». Elle ne se consacre qu'aux modèles avec composants Cummins, DAF et ZF. Cette ligne n'a pas de quotas ni de limites de production. L'offre pour l'Europe comprend les interurbains de 9 m et 12 m , les autocars et autobus au méthane de gabarit standard ainsi que les autobus et autocars électriques de 10 et 12 m. Cette unité utilise les mêmes lignes de cataphorèse et de peinture que l'ensemble de la gamme. Yutong est le premier producteur mondial d'autocars et autobus avec 400 véhicules/jour dont une capacité de 250 véhicules électriques/jour. 

 
MM : Quelle est votre organisation commerciale ?

FM : Yutong privilégiera la vente directe via son propre réseau de distribution. Il en va de la qualité du service après-vente. Mais ce n'est pas une règle absolue. Nous avons commencé progressivement nos activités en Europe. Contrairement à d'autres, nous ne cherchions pas absolument à être le premier sur le marché. Nous visons le long-terme. D'où une arrivée en Islande dès 2008, un petit marché, difficile par ses conditions d'exploitation à cause de son climat. Puis le Danemark, la Suède, la Finlande, suivis en 2010 par la France, le Royaume-Uni, et plus récemment la Bulgarie et Israël rattaché à l'Europe pour des questions de normes environnementales. Ce pays est également intéressant pour son climat. La Roumanie, l'Italie et l'Espagne feront l'objet d'une communication avant la fin de l'année (probablement à l'occasion du salon Busworld Europe 2019, NDLR). Deux importants marché que sont l'Allemagne et la Pologne sont à l'étude. On ne peut pas faire tous les marchés en même temps. Priorité sera accordée, dans le cas d'importateurs, à des opérateurs mono-marque. 


MM : La situation présente en France apparaît délicate pour DietrichCarebusGroup, quelle est la position  de Yutong ?

FM : Le marché France est stratégique, c'est un des plus important en volumes sur l'Europe. Nous observons la situation avec attention. Yutong ne souhaite pas interférer dans ce moment un peu délicat pour son distributeur historique. Ce qui est essentiel à retenir : Yutong n'abandonnera pas ses clients et restera pour ses clients français. Tout peut s'envisager, en Italie nous avons une approche mono-marque. Cette approche au plus près des clients est nécessaire pour préparer la transition vers la traction électrique. Cela exige un service après-vente adapté, en plus de l'évaluation d'un marché nouveau, avec des acteurs qui peuvent être différents des distributeurs historiques .

 
MM : Pourquoi Yutong s'intéresse-t-il à l'Europe, un marché petit et très concurrentiel comparé à la Chine ? D'autres marques chinoises, venues avec de grandes ambitions, ont vite révisé leurs prétentions à la baisse.

FM : Nous sommes arrivés en Europe pour y rester durablement. En effet, nous ne sommes pas là pour faire le coup d'un jour. Yutong est, je le rappelle, le 1er groupe en Chine sur ce marché. Notre objectif, là-bas comme ici, est de fidéliser la clientèle. La Chine tend à s'approcher des critères de l'Europe. En Europe on trouve de très importants clients, pour certains de taille mondiale, mais c'est aussi un marché hyper concurrentiel, et très sensible aux prix de revient. L'expérience acquise, et la référence que cela constitue, est un moyen de montrer que la marque sait relever les plus grands défis et a un réel savoir-faire. Cela nous permet d'être prêts pour le marché à venir en Chine. L'inverse est également vrai : avec plus de 100 000 véhicules électriques en Chine, nous avons un avantage compétitif manifeste dans le cadre de notre développement en Europe sur ces produits. 


MM : CATL, le fournisseur de Yutong, a annoncé une installation industrielle en Europe, qu'en est-il de la logistique et d'une éventuelle implantation sur notre continent ?

FM : Pour nos approvisionnements, nous travaillons déjà avec des équipementiers européens majeurs comme DAF ou ZF. Pour les aspects d'après-vente et de logistique, ce rôle est  dévolu à nos distributeurs. Nous n'avons pas encore de site de production, mais cela pourrait être à l'étude. 

 
MM : Votre carte de visite mentionne le marché Nord-américain. Où en êtes-vous de votre implantation ?

FM : Le marché Nord-américain fait l'objet d'études. Nous y incluons le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Notre priorité est clairement l'Europe. En Russie nous sommes déjà présents. Et nous avons déjà une activité d'assemblage en CKD(1) au Venezuela. A Cuba, Yutong a une part de marché de 90%. Toujours en Amérique du Sud, Yutong a obtenu le contrat de 100 autobus électriques pour la capitale Santiago du Chili. Nous sommes également présents, et actifs, en Australie, à Singapour et dans différents pays d'Afrique dont l'Afrique du Sud... 

 
MM : Revenons sur CATL, avez-vous des relations capitalistiques ou technologiques privilégiées ?

FM : Non, CATL est un fournisseur de Yutong. Mais c'est un des leaders mondiaux des batteries. Nous avons des accords ponctuels de développement. Il est évident que leur installation en Allemagne nous éviterait les 10% de taxes d'entrée communautaire sur ces composants coûteux. 

 
MM : En Chine on envisage déjà la phase d'après les autobus à batterie, en particulier avec la pile à combustible. Quels sont les projets de Yutong à ce sujet ?

FM : Yutong, en Europe, se concentre sur les motorisations Diesel et électriques à batteries. La pile   à combustible suit une autre logique, il y a des enjeux de prix et d'autonomie. Si ceux-ci sont atteints par des technologies à batteries, il n'y a pas de raisons de se précipiter sur la pile à combustible. Le coût du kW stocké est en forte baisse, avec en parallèle une croissance exponentielle de l'autonomie. En urbain, voire en interurbain avec le Yutong ICe12, la solution à batteries est déjà compétitive face au Diesel. Il n'y a qu'en autocar longue distance qu'il reste à faire progresser l'autonomie pour atteindre les 600km. 

 
MM : Qu'en est-il du GNV chez Yutong ?

FM : L'usine Yutong en Chine produit 60 000 véhicules au GNV chaque année. C'est un sujet que nous maîtrisons. Nous avons d'ailleurs déjà livré la Bulgarie avec de telles motorisations, avec le motoriste Cummins. 

 
MM : Le marché Chinois semble connaître en 2019 une pause dans sa croissance, quel est l'impact sur Yutong ?

FM : La Chine demeure le 1er marché de Yutong, il reste en croissance sur les électriques, malgré la fin des aides à l'acquisition. Il y a toujours une forte demande en faveur de véhicules de nouvelles technologies. Pour le transport de voyageurs, la fin du moteur Diesel est prévisible. L'électrique sera plus simple techniquement. Et la hausse des performances touchera particulièrement l'autonomie, y compris avec la seule recharge nocturne. L'électrique tend à devenir à terme un choix réellement économique. 

Propos recueillis par Jean-Philippe Pastre


(1) CKD Completely Knock Down : véhicule livré en sous-ensembles prêts à monter..

Source : https://www.mobilitesmagazine.com/franco-miniero-yutong-europe?utm_campaign=81fefe15-a29c-4950-8435-731551b82f1f&utm_source=so&utm_medium=mail&cid=0cce144d-325f-4b7c-b6d4-ccf6d4164893

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