FlixBus intéressé par le transport aérien ? "On ne s'interdit rien !"

TourMaG.com TourMaG.com - il y a 24 jours

Flixbus proposera son offre de covoiturage de longue distance gratuitement, sans aucune commission - Crédit photo : Flixbus

La saison estivale touche à sa fin et l'heure des bilans a sonné. Après des années de croissance importante, Flixbus continue de surfer sur la vague d'un marché des bus Macron qui n'est toujours pas arrivé à maturité. Nous avons fait le point sur les projets de l'opérateur allemand avec Yvan Lefranc-Morin, directeur général de FlixBus France.

TourMaG.com - Quel bilan dressez-vous de l'été 2019 ? 

Yvan Lefranc-Morin : Les étés sont toujours des périodes très actives pour FlixBus, et celui-ci n'a pas dérogé à la règle, avec une fréquentation en hausse de 40% par rapport à l'été 2018. 
Le bilan est très positif, notamment sur les lignes estivales ouvertes à destination des stations balnéaires, même si nous ne sommes pas encore arrivés au bout du développement français. 
Nous avons encore pas mal d'idées sur les dessertes et les fréquences pour améliorer le maillage dans l'Hexagone, d'ailleurs nous réfléchissons déjà au programme de l'année prochaine. 

TourMaG.com - Quelles pourraient être ces pistes pour 2020 ? 

Yvan Lefranc-Morin : Il est encore trop tôt pour en parler, nous sommes à des embryons d'idées. Ce qui est sûr, c'est que nous allons renforcer les destinations éphémères, pour desservir toujours plus de stations balnéaires. 
Notre stratégie est depuis le premier jour la même, nous avons à cœur de proposer le réseau le plus maillé possible, avec le maximum de fréquences possibles. 
Certaines lignes n'ont pas répondu totalement à la demande, malgré une augmentation des cadences de passage, donc la marge de progression est importante.

La concentration, explication de la croissance ?

TourMaG.com - Cette croissance vient-elle d'un marché ayant connu une forte concentration ces derniers mois ? 

Yvan Lefranc-Morin : Je ne pense pas que cette explication vienne de là, tout simplement car aucune offre n'a été retirée du marché. 
BlaBlaCar est arrivé dans le secteur en rachetant un acteur existant, mais en ne changeant quasiment rien. De notre côté, l'idée est la même, Eurolines continue à exister depuis que nous l'avons racheté, avec une identité à peu près indépendante. 
La réalité étant que le marché est loin d'être mature. En France, le nombre de passagers transportés est encore très éloigné de ce qu'il se fait en Allemagne ou en Angleterre. 
Je pense de mon côté, que les Français sont de plus en plus friands de ce mode de transport, en raison notamment d'un prix faible, mais aussi par conscience écologique. 
Les cars Macron sont de plus en plus légitimes et connus, nous n'avons pas encore convaincu 100% des gens qui pourraient voyager avec nous. 

TourMaG.com - A combien de passagers estimez-vous la taille du marché ? 

Yvan Lefranc-Morin : Je ne vais pas l'estimer, mais me rapprocher des chiffres communiqués par l'ARAFER (Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières, ndlr) qui quantifie actuellement le secteur à 9 millions de passagers. 
Sauf que ce chiffre n'est pas réellement le bon, car il ne prend pas en compte les personnes prenant un bus à destination de l'étranger, donc cela exclut nos lignes européennes. La réalité est bien supérieure. 
Pour vous donner une idée des chiffres que la France pourrait atteindre, en Allemagne le trafic était de 23 millions de personnes en 2018, c'est dire la marge de progression. 
Dire si la maturité sera atteinte à 15 ou 20 millions, je ne saurais le prédire, mais nous pouvons largement continuer à croître.

L'acquisition d'Eurolines "met fin à la guéguerre de la place de leader"

TourMaG.com - Vous avez récemment fait l'acquisition d'Eurolines. Comment s'inscrit ce rachat dans votre stratégie ? 

Yvan Lefranc-Morin : Il faut savoir qu'Eurolines avait opéré avant notre rachat un repositionnement vers l'international, en arrêtant le réseau domestique (Isilines, ndlr). 
Finalement les lignes d'Eurolines complètent assez bien le réseau de Flixbus. 
Nous allons continuer à affiner le maillage pour que les deux marques soient complémentaires et cela nous a fait gagner du temps au niveau de notre croissance. 
Puis cette acquisition met fin à la guéguerre qu'il y avait du temps de Ouibus concernant l'attribution de la place de leader en France, maintenant nous avons une part de marché de 60%. 
Notre leadership en France est établi. 

TourMaG.com - Vous avez déclaré vouloir vous positionner sur des lignes ferroviaires françaises. Est-ce qu'à l'image de ce que fait BlaBlaCar avec son covoiturage remplissant ses bus, Flixbus va modifier son maillage pour remplir ses futurs trains ? 

Yvan Lefranc-Morin : A ce stade, nous sommes encore loin de penser à cela. Il existe encore de nombreuses étapes à valider avant d'officialiser notre lancement. 
Nous discutons avec tous les intervenants, dont SNCF Réseau pour établir nos conditions d'entrée. Nous savons ce que nous allons faire. Ce sera un service complémentaire avec notre réseau d'autocars, grâce notamment à notre expérience allemande. 
Il existe une complémentarité très forte entre le train et le bus, sans se cannibaliser, en vendant beaucoup de billets en interconnexion. Nous voulons ouvrir une nouvelle verticale, nous savons aussi que sur certaines routes le train est plus efficace que le bus, nous allons ajuster notre offre. 
Les stratégies sont multiples.

Covoiturage : "dans un premier temps, nous n'allons pas nous rémunérer"

TourMaG.com - D'ailleurs, vous venez de vous lancer dans le covoiturage longue distance, avec quelle ambition ? 

Yvan Lefranc-Morin : Cette logique est identique à celle du train. Nous n'allons pas ouvrir des lignes de covoiturage partout en concurrence avec le bus. 
La réalité étant que sur les axes où il y a concurrence entre ces modes de transport, le car l'emporte à chaque fois, cela explique sans doute le rachat de Ouibus par BlaBlaCar. 
Donc nous allons offrir un réseau complémentaire sur tous les axes que nous ne desservons pas, comme de partir d'un petit village vers une autre ville. 
Nous venons aussi casser un monopole qui existe au profit de BlaBlacar, lui permettant de pratiquer des prix que nous jugeons trop élevés. 
D'ailleurs, nous n'allons pas prendre de commission pour faire baisser la note. 

TourMaG.com - Comment allez-vous vous rémunérer ? 

Yvan Lefranc-Morin : Dans un premier temps, nous n'allons pas nous rémunérer. Nous verrons sur le long terme comment faire. 
L'objectif est d'apporter un service complémentaire à nos clients. C'est le core business de Flixbus qui financera le covoiturage, donc l'autocar. Nous réfléchissons à la distribution, mais à moyen terme nous voulons agréger tous les modes de transport sur une seule et unique plateforme. 

TourMaG.com - Proposer un service gratuit, est-ce légal ? 

Yvan Lefranc-Morin : Tout à fait, il me semble que sur Waze, les utilisateurs ne payent pas. Il n'y a pas de problématique de ce point de vue-là, et il y a toujours moyen de financer ce service d'une autre façon.

L'aérien ? "Tout est ouvert, nous ne fermons aucune porte"

TourMaG.com - Flixbus veut devenir un opérateur global de mobilité. Pourriez-vous vous attaquer à d'autres moyens de transport, comme l'avion ? 

Yvan Lefranc-Morin : Nous n'avons pas l'habitude d'utiliser le mot "jamais" chez Flixbus. Pourquoi ne pas imaginer qu'un jour d'autres mobilités viennent s'ajouter à la plateforme. 
Ce n'est pas dans les projets à très court terme, tout est ouvert, nous ne fermons aucune porte. 

TourMaG.com - Donc l'aérien est une éventualité ? 

Yvan Lefranc-Morin : Parmi d'autres en effet. 

TourMaG.com - La rentabilité de Flixbus en France devait être atteinte en France en 2018, ce n'était toujours pas le cas. Le point d'équilibre fait-il partie de vos objectifs ? 

Yvan Lefranc-Morin : Nous n'en faisons pas un mystère, mais nous ne sommes toujours pas rentables en France. Plusieurs raisons expliquent cela, le marché était bien plus concurrentiel que d'autres en Europe. 
Il ne faut pas oublier qu'il y a encore deux mois, nous avions un acteur qui s'appelait Ouibus, une filiale de la SNCF. Il faussait clairement la concurrence, en étant financé à fonds perdus par le transporteur ferroviaire, avec aucune logique, ni espoir d'atteindre la rentabilité. 
Ils ont quand même perdu 200 millions d'euros en six ans. Les entreprises privées ne peuvent pas se permettra cela, le marché était entièrement sclérosé par un acteur public. Maintenant il s'est assaini, avec l'arrivée de BlaBlaCar qui prend des décisions rationnelles, ce qui n'était pas le cas avant. 
Pour revenir à Flixbus, nous sommes en bonne voie pour tendre vers la rentabilité, nous pourrions actionner les leviers de la rentabilité en France, sauf que nous investissons beaucoup. 
Notre non-rentabilité est assumée, car elle doit nous permettre de grossir. Je peux vous rassurer, notre business model est rentable sur plusieurs marchés européens, et le groupe l'est aussi.

"J'ose espérer qu'à horizon 2020 ou 2021, nous serons rentables en France"

TourMaG.com - Le prix des billets sera-t-il le facteur pour atteindre la rentabilité ? 

Yvan Lefranc-Morin : Ce n'est pas comme ça que nous modélisons notre objectif de rentabilité. Les cars Macron sont attractifs, car ils ne sont pas chers. Si demain notre ambition est d'atteindre la rentabilité par les prix, nos clients vont se détourner de nous. In fine l'équation ne serait pas bonne, notre facteur pour atteindre la rentabilité à court terme étant d'augmenter le taux de remplissage de nos cars. 

TourMaG.com - L'exercice excédentaire sera atteint d'ici deux à trois ans ? 

Yvan Lefranc-Morin : J'espère même avant, mais je ne fixerai pas de date précise. J'ose espérer qu'à horizon 2020 ou 2021 nous serons rentables en France. 

TourMaG.com - Vous arrivez clairement en frontal avec BlaBlaCar dans toutes leurs activités, pourquoi menez-vous cette stratégie ? 

Yvan Lefranc-Morin : Je tiens à rappeler qu'au début de l'année 2019, nous étions dans deux secteurs d'activité différents et c'est BlaBlaCar qui, le premier, a pris le pas d'attaquer Flixbus. Non seulement ils se sont lancés dans les autocars, mais en plus ils ont annoncé se lancer dans les marchés où nous sommes bien positionnés comme en Allemagne. Ce n'est pas Flixbus qui est allé en frontal de BlaBlaCar, mais plutôt l'inverse. 
Pour revenir à notre offre de covoiturage, cette annonce peut donner l'impression que nous les attaquons, mais la réalité étant cette offre va dans le sens de l'histoire. 
La question du timing c'est autre chose. Effectivement, nous sommes concurrents, maintenant que le meilleur gagne.

Par Romain POMMIER 


Source : https://www.tourmag.com/FlixBus-interesse-par-le-transport-aerien-On-ne-s-interdit-rien-_a99910.html

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