Mobilité : les nouveaux « transports en commun » qui grandissent

Pro l'argus Pro l'argus - il y a 9 mois

La solution de covoiturage sur courte distance de Klaxit touche, par exemple, treize entreprises, et plus de 25 000 salariés sur une petite zone comme Saint-Quentin-en-Yvelines.

Les villes tiennent désormais leur nouveau schéma de mobilité grâce aux spécialistes de l'automobile partagée, qui les sollicitent de plus en plus pour leur développement et pour changer le système de la voiture individuelle.

Du 16 au 22 septembre 2019, associations, entreprises, établissements scolaires ont oeuvré en faveur de la mobilité durable, en raison de la 18e édition de la Semaine européenne de la mobilité. Cet événement a pour premier objectif d’inciter individus et villes à privilégier des modes de déplacement écoresponsables. Une aubaine pour les start-up spécialisées dans le covoiturage et l’autopartage, toujours en quête de communication.

Cette année, et pas seulement pendant cette semaine officielle, il s’agissait d’aller un peu loin dans la séduction en interpellant directement les collectivités territoriales. En effet, si Drivy, Klaxit, Ubeeqo, Ecov et bien d’autres ont confirmé leur modèle de business, ces jeunes entreprises souhaitent plus que jamais positionner le covoiturage ou l’autopartage comme la meilleure alternative économique, pratique et durable à la possession d’une voiture individuelle. Et elles y parviendront plus rapidement si les pouvoirs publics les entendent et répondent à leurs appels. « Construire un écosystème avec les collectivités locales permettrait de mutualiser les moyens », affirme Madeleine Canavesio, chargée de la vie coopérative chez Mobicoop. Cette société coopérative d’intérêt collectif, qui, née de l’association Covoiturage-libre en 2018, revendique 400 000 utilisateurs (17 000 trajets, + 105 % en un an), souhaite « construire la mobilité partagée comme un bien commun ». À l’image de tous les autres, finalement.

L’autopartage au deuxième service

D’après une étude menée pour le compte de Drivy, le désamour à l’égard de la voiture persiste, plus particulièrement celui des Parisiens et des Lyonnais. Ainsi, 46% d’entre eux utilisent leur véhicule au moins une fois par semaine et 50% se disent prêts à se débarrasser de leur voiture si de meilleures alternatives leur sont proposées. L’autopartage apparaît le deuxième service le plus à même de les convaincre, derrière les transports en commun, si toutefois leur fonctionnement était amélioré. Près de 8 Parisiens sur 10 pensent que leurs élus locaux devraient en faire plus pour favoriser le développement de ces services dans leur quartier. Drivy, spécialiste de l’autopartage en boucle, a déjà commencé à démarcher les administrations et les collectivités.

« Nous avons tiré notre épingle du jeu par l’expérience que nous proposons, le libre-service et une technologie différentielle. Nous travaillons sur un vrai chantier et notre produit répond parfaitement aux enjeux actuels, qui sont d’aider à la décongestion des villes », souligne Quentin Lestavel, directeur France et Belgique de Drivy.


« Un leader européen aux côtés d’un leader américain, avec la même vision. Nous devenons ainsi plus forts, commente Quentin Lestavel. La nouvelle marque, Getaround, qui prendra vie fin octobre 2019, aura forcément plus de moyens financiers et de marketing pour accélérer l’adoption de notre service. Nous avons des certitudes et allons nous assurer que dans chaque grande ville, toutes les voitures soient partagées. » La plateforme française, connue depuis 2010 pour la location de voitures entre particuliers, s’est également peu à peu tournée vers l’autopartage, six ans plus tard, avec son boîtier permettant d’ouvrir une voiture sans la présence du propriétaire. « Drivy Open ne cesse de croître. La solution représente la moitié de nos réservations. Elle est active dans plus de trente villes en France. Sur une flotte de 38 000 véhicules (1,5 million d’utilisateurs), 4 000 sont dédiés à l’autopartage. Ces chiffres confirment que nous devons nous concentrer sur ce service, qui plaît de plus en plus aux villes », ajoute le dirigeant. En tenant ses objectifs d’augmenter visibilité et proximité, il pense atteindre, par exemple, la barre des 10 000 voitures en autopartage dans le Grand Paris (2 000 actuellement). Pour convaincre les particuliers et les villes de s’adosser à ce business model dit rentable (jusqu’à 600 € par mois dans la poche du propriétaire), Drivy a une autre force de frappe, qui va bien au-delà de ses performances en France : la start-up a été rachetée cette année par la société américaine Getaround pour 300 M$. Désormais, Drivy by Getaround revendique la position de leader de l’autopartage dans le monde.

Covoiturage : des villes adeptes

Klaxit, une des sociétés françaises leaders sur le covoiturage domicile-travail, abat également ses cartes pour être attractive auprès des collectivités. Elle a ainsi acquis 100 % d’Ecolutis (service IDVroom) et revendique désormais plus de 2 millions de trajets de courte distance chaque jour, 1 million de membres et 265 entreprises clientes, dont Renault et Orange, par exemple. Depuis sa dernière levée de fonds de 3 M€ en février dernier (avec la RATP, Sodexo, Via ID, Maif et Inco), Klaxit a multiplié son chiffre d’affaires par 2,5 et le nombre de trajets par 10. Sa priorité va cependant vers un autre public, celui des collectivités territoriales. La plateforme est parvenue cette année à fédérer six partenaires (Nantes, Poitiers, Clermont-Ferrand, Toulouse, Lannion et Lunéville) via le lancement de son offre Klaxit Mobilités. Ainsi, pas moins de trente villes proposent le covoiturage par Klaxit à leurs habitants. Vingt autres devraient être conquises en 2020, selon Julien Honnart, le président fondateur, par ailleurs président de l’alliance des mobilités au sein du CNPA :

« Nous séduisons les entreprises et les villes par notre algorithme précis, qui prend en compte toutes les données, mais aussi les contraintes d’un trajet. Les utilisateurs savent tout de leur acheminement. Nous vendons aussi du conseil en mobilité pour accompagner ces acteurs dans leur transition écologique. Il y a une vraie dynamique avec la loi sur les mobilités, les entreprises et les collectivités prennent conscience des enjeux et s’activent de plus en plus. Nous sommes la meilleure alternative aux transports en commun et nous avons vocation à intégrer toutes les applications de transport, comme le marché que l’on vient de gagner à Nantes et à Paris. »

À noter que si un conducteur gagne 3 € par trajet et par passager, la collectivité va financer le transport à hauteur de 2 € systématiquement. La force du modèle économique de ces start-up repose sur la rentabilité, la praticité et l’écoresponsabilité. En somme, tout ce que recherchent citoyens et élus. 
 

« Créer un espace de dialogue européen », Mathilde Petit, responsable Europe, international et stratégie du pôle Mov'éo



Qu’est-ce que la Semaine européenne de la mobilité ?
Un événement annuel visant à inciter le plus grand nombre à se déplacer de manière durable. Les villes et les régions organisent ainsi des actions concrètes de communication sur les mobilités douces. Cette 18e édition a mis à l’honneur la marche, le vélo et 2 500 territoires ont répondu présent et ce, dans un contexte européen qui pousse à un changement rapide de nos modes de déplacement.

Que s’est-il passé les 16 et 17 septembre 2019 à Saragosse, en Espagne ?
Une plateforme européenne interrégionale sur la mobilité sûre et durable a regroupé une dizaine de régions, dont la Normandie et l’Île-de-France. Elles ont partagé leurs problématiques de mobilité et identifié leurs besoins en investissement afin de mutualiser des projets. Elles ont aussi tenté de faire appel à des acteurs, comme des PME et des industriels, pour la concrétisation d’expérimentations. La plateforme a été lancée par la Commission européenne en 2018, à l’initiative de la France, de l’Espagne et de l’Allemagne. Dès 2019, nous nous sommes structurés en groupes de travail, sur le véhicule intelligent, l’infrastructure, la mobilité propre, la sécurité et la gestion des données...

Quel est le rôle du pôle Mov’eo dans cet événement ?
Mov’eo a été, avec la région Île-de-France, membre fondateur de cette plateforme pour bénéficier d’un espace de dialogue européen entre autorités locales et grands industriels. C’est un levier de visibilité et de crédibilité pour nous. Nous incluons tout l’écosystème normand et francilien dans ce partenariat européen dans le but, espérons, de pouvoir très vite mettre en place des expérimentations sur ces différents territoires moteurs pour la mobilité propre.

Par Justine Pérou
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